Derrière le spectacle, le sport comme objet économique et politique
La Tribune Dimanche

Déploiement exceptionnel de Touch2see à la Coupe d’Afrique des Nations 2024 en partenariat avec Total Énergie.
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Déploiement exceptionnel de Touch2see à la Coupe d’Afrique des Nations 2024 en partenariat avec Total Énergie.
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Du coach sportif indépendant au grand groupe médiatique en passant par les collectivités de toutes les tailles, les associations, les clubs, les équipementiers et les pratiquants du dimanche, le secteur du sport fait certainement partie des écosystèmes économiques les plus diversifiés.
D'un côté, on y trouve le sport spectacle, qui génère 21,2 milliards d'euros chaque année. De l'autre, le sport en tant que pratique, qui concerne les trois quarts des Français, dont près de 18 millions sont licenciés en club. Avec pas moins de 2,5 millions de tournois amateurs organisés chaque année et 120 000 travailleurs indépendants, la pratique sportive représente d'ailleurs le socle du secteur.
Selon une étude de BPCE, la consommation des ménages génère en effet 55 milliards d'euros par an, entre les frais liés à la pratique, à l'achat et la location de matériel. À cela s'ajoute l'investissement des collectivités territoriales (14 milliards d'euros en 2022) et de l'État (7 milliards) pour construire, rénover et entretenir les infrastructures.
« Le sport est un secteur très dynamique, générateur d'emplois, qui crée de la valeur, analyse Magali Tézenas du Montcel, directrice générale de Sporsora, l'association interprofessionnelle qui soutient le développement responsable de l'économie du sport. Mais c'est aussi un secteur extrêmement transversal, ancré dans les territoires, qui est corrélé aux sujets de la santé, de l'inclusion, de la parité, mais aussi de l'hôtellerie, de la restauration, de l'audiovisuel et bien sûr de l'innovation. Bien utilisé dans les politiques publiques, le sport est un vecteur qui permet d'engager de nombreux sujets. »
Parmi les 3 250 PME et ETI du sport, de plus en plus de start-up tirent profit de ces sujets transverses, qui relient le sport à la santé, la qualité de vie au travail, l'inclusion ou la préservation des ressources. Créé en 2019, le collectif sportif français Sportech a d'ailleurs triplé ses adhérents l'an passé : il représente aujourd'hui 600 entreprises, qui devraient cumuler un milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2025.
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« Depuis un an, les levées de fonds des start-up du sport ont diminué dans le monde entier, alors qu'elles ont augmenté de 23 % en France, confie Jacques D'Arrigo, son président. Dans moins de deux ans, la France pourrait devenir le leader européen de l'innovation dans le sport : nous avons un boulevard devant nous, à condition que les institutionnels nous accompagnent. »
En attendant, le secteur du sport ne compte qu'une seule licorne - l'application Sorare, qui propose de gérer des clubs virtuels via des cartes numériques - mais plusieurs entreprises prometteuses qui ont tiré leur épingle du jeu lors des derniers grands événements sportifs. Citons par exemple Natural Grass, qui a breveté un système pour optimiser l'arrosage des pelouses de stade, Kinomap, l'application qui propose des décors immersifs (comme celui du Marathon pour Tous) pour motiver les séances sur tapis de course ou rameurs, Vogo, qui améliore l'expérience des spectateurs à travers des vidéos ou encore Touch2see qui conçoit des tablettes tactiles destinées aux malvoyants.
De nombreuses entreprises proposent également des solutions d'économie circulaire pour limiter l'impact du sport sur l'environnement et l'inclusion : Le Pavé a ainsi recyclé des déchets plastiques locaux pour créer les sièges des gradins du Centre Aquatique Olympique et de l'Adidas Arena, tandis que Gerflor, leader mondial des sols sportifs indoor, a fabriqué un « sol des champions » 100 % recyclable et qu'Éphémère Square installait des structures événementielles en bois zéro déchet... La Conciergerie Solidaire et l'association Halage ont, quant à elles, permis à des centaines de travailleurs en situation de handicap ou d'insertion de participer à la réussite des Jeux.
Tout au long de l'Olympiade parisienne, le monde du sport a pu admirer le savoir-faire de ces entreprises françaises, mais aussi de grands groupes tels que Loxam, qui a installé des systèmes de production d'énergie sur les sites de compétition, Sodexo, qui a assuré la restauration au Village des Athlètes ou encore Solidéo, en charge de la construction du village olympique.
Chef de file de la filière de l'événementiel, le groupe GL Events a également attiré tous les regards en orchestrant l'installation de 70 % des structures temporaires, dont les stades du Champs de Mars, du château de Versailles et de Tahiti, en mettant la barre très haut en matière de responsabilité sociale et environnementale. Une reconnaissance indispensable, mais qui ne constitue qu'une première étape avant de conquérir les marchés étrangers.
« Avec la multiplication des grands événements sportifs partout dans le monde, les marchés qui s'annoncent sont énormes, mais la compétition sera rude, prévient Claude Revel, présidente de France Sport Expertise. L'expertise française est reconnue mais il faudra que les acteurs publics et privés avancent ensemble collectivement et efficacement pour faire rayonner les entreprises françaises et leurs valeurs de durabilité, de santé et d'éducation... »
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Si les grands événements sportifs organisés en France représentent une très belle vitrine internationale pour les entreprises candidates à l'export, ils offrent également à l'ensemble des acteurs économiques de réelles opportunités d'affaires dans l'Hexagone. Dès 2020, l'agence Business France ‒ qui accompagne 58 % des projets d'investissements étrangers sur le territoire ‒ a en effet commencé à organiser en marge des matchs des moments d'échanges privilégiés entre les entreprises françaises et les représentants de grandes entreprises internationales.
Une formule gagnante qui a fait ses preuves pendant la Coupe du monde de rugby avec dix rendez-vous organisés dans les villes hôtes, puis au départ du Tour de France, avant de passer à la vitesse supérieure pendant les Jeux olympiques et paralympiques avec la tournée La France, terre de champions. Ces événements sportifs nous offrent un prétexte pour réunir des milieux d'affaires autour d'un sujet commun fédérateur, explique Marie-Cécile Tardieu, directrice générale déléguée Invest de Business France. Ils nous permettent de profiter de la venue de dirigeants étrangers en France pour les inviter à des rencontres, des visites et des tables rondes qui valorisent l'excellence des entreprises françaises. S'ils viennent simplement assister à une épreuve sportive ou soutenir leur équipe, ils repartent avec de nouvelles idées de partenariats ou de développement de marchés, voire une nouvelle adresse où implanter leur siège ou leur usine...
Pendant les Jeux, 1 600 entreprises françaises ont ainsi été invitées et plusieurs centaines ont pu présenter leur savoir-faire lors de réceptions organisées avec les représentants de nombreux pays européens ( Danemark, Suède, Royaume-Uni, Italie, Belgique, Portugal...) mais aussi lors d'un cocktail organisé à la résidence de l'ambassadrice américaine, d'une conférence donnée à la Canada House de la Villette ou encore d'une série d'entretiens avec une trentaine d'entreprises serbes, en prévision de l'Expo 2027 à Belgrade.
Face au succès de ces rencontres, Business France ne compte pas s'arrêter là et vise maintenant les Jeux olympiques et paralympiques de Los Angeles, les Jeux d'hiver de 2030 ou encore les championnats du monde de cyclisme... Prochaine étape : la Coupe du monde de badminton en août 2025, qui attirera dans la capitale de nombreux acteurs asiatiques et devrait permettre d'engager des échanges intéressants avec l'Indonésie et la Malaisie.
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