Savoie : la dermatose nodulaire fait trembler les éleveurs laitiers

Photo d'illustration
RUSSELL CHEYNE

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RUSSELL CHEYNE
C'est une maladie virale non transmissible à l'homme, qui ne présente aucun risque pour la santé humaine à travers la production de produits transformés (fromages, etc.), mais qui avance vite, très vite au sein des exploitations bovines. « La situation bouge de jour en jour », glissent plusieurs acteurs du dossier, en préambule.
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovin n'était jusqu'ici pas présente en France, mais venait d'être signalée en Italie (Sardaigne) depuis le 21 juin dernier. Bien qu'elle ne touche que les bovins, buffles et zébus, en épargnant les autres espèces animales (chevaux, etc.), les séquelles et le taux de mortalité de cette maladie virale sur les bovins la classent, en droit européen, comme une maladie de catégorie A, « contre laquelle des mesures doivent être prises pour un objectif d'éradication immédiate ».
Une situation qui a contraint l'État et les préfectures de Savoie et Haute-Savoie à réagir vite : alors qu'un premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) a été détecté le 29 juin dernier par le laboratoire national de référence, les services de l'Etat ont établi des mesures de prévention dans un rayon de 50 kilomètres autour de l'élevage infecté, impliquant un plan de surveillance vétérinaire et des restrictions de déplacement des bovins.
Celles-ci se traduisaient aussi, dans un premier temps, par la pasteurisation préventive des formages situés sur ce périmètre : la mesure aura finalement été levée quelques jours plus tard, alors que les syndicats agricoles (FDSEA et Confédération paysanne) avaient notamment dénoncé des mesures « précipitées et disproportionnées », face au blocage de près de 400 millions de litres de lait habituellement transformés en fromages sous signes de qualité (AOP, IGP). Les fromages de Savoie englobent en effet 8 productions classées sous ces signes, et pour l'essentiel fabriquées à base de lait cru (non pasteurisé).
Depuis, trois nouveaux foyers ont été confirmés, en l'espace de quelques jours, tous situés pour l'heure sur la commune d'Entrelacs. L'origine de ces contaminations n'est toujours pas établie, mais la suspicion d'un cas importé d'Italie demeure l'hypothèse numéro un, avec un virus transmissible ensuite avec le concours des mouches piqueuses.
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Les craintes restent vives alors qu'une nouvelle suspicion est en cours d'étude, cette fois à Saint-Jean-de-Chevelu, sur la rive opposée du Lac du Bourget.
Car sur les 50 kilomètres qui constituent actuellement le périmètre préventif (incluant près de 2.156 élevages et 225.000 animaux en Savoie et Haute-Savoie), le spectre de l'abattage systématique et préventif de tout le cheptel entourant un cas avéré fait craindre le pire aux éleveurs situés à proximité.
À ce jour, 62 bovins ont déjà dû être euthanasiés et ce chiffre devrait grimper dans les prochains jours. Alors que certains agriculteurs remettent en cause cette mesure d'abattage systématique, les délais d'incubations moyens de 14 jours ainsi que le caractère très contagieux de ce virus ont conduit les services de l'État à adopter une position ferme. « Restera à discuter les conditions d'indemnisation des éleveurs concernés, mais aussi des coopératives qui revendent le fromage et qui doivent bloquer et détruire leur production. Ceux-ci n'étaient jusqu'alors pas prévus dans le dispositif initial d'indemnisation », ajoute Cédric Laboret.
Un point qui fait bondir la Confédération paysanne de Savoie, qui dénonce l'impact de ces mesures d'abattage systématique et continue de plaider pour un abattage uniquement des animaux malades. « Même si l'indemnisation existe, elle n'équivaudra jamais à la valeur financière d'un troupeau, sans compter qu'il existe très peu de vaches laitières sur le marché, surtout pour compenser des troupeaux de 90 à 100 vaches. Sans compter qu'euthanasier des bêtes en bonne santé pour un éleveur est insupportable », plaide un agriculteur contacté.
La Confédération paysanne dénonce également des mesures « intenables » imposées par la réglementation européenne, « qui classe la DNC en catégorie A malgré une faible mortalité et l'absence de risque pour l'homme » et demande « une indemnisation intégrale des pertes et un déclassement de la maladie à l'échelle européenne ». Contactée, la FDSEA n'a quant à elle pas retourné nos demandes d'échanges à l'heure d'écrire ces lignes.
Tous les regards sont désormais tournés vers la piste de la vaccination : car s'il existe déjà un vaccin pour la DNC - ayant déjà été utilisé pour lutter contre cette maladie notamment dans les Balkans, en Grèce et en Bulgarie à la fin des années 2010 -, la France a confirmé avoir sollicité l'Union européenne pour réserver des doses au sein de sa banque vaccinale. Mais les modalités de vaccination ainsi que sa prise en charge restent à définir, car la maladie avance vite, en Savoie comme de l'autre côté des Alpes, en Italie.
A la Chambre d'agriculture de Savoie Mont Blanc, Cédric Laboret confirme qu'une réunion est prévue avec les services de la Direction générale de l'alimentation (DGAL) du service du ministère de l'Agriculture prochainement. « Nous espérons qu'ils nous annoncerons un calendrier vaccinal clair ». Tout devrait aussi dépendre du nombre de doses disponibles, et du périmètre d'évolution de la maladie. « Si la maladie reste au sein de la zone concernée, nous pourrions avoir des stocks suffisants, mais si elle apparaissait dans d'autres régions, il faudrait voir comment les doses pourraient être réparties ».
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Une situation qui vient s'ajouter à d'autres difficultés rencontrées au cours des derniers mois par la profession agricole, depuis les blocages routiers organisés en 2024 pour protester contre une série de mesures (normes jugées excessives, faibles revenus, coût de l'énergie...) et la signature de l'accord de libre-échange sur le Mercosur le 6 décembre dernier, qui prévoit de supprimer plus de 90 % des droits de douane entre le Mercosur et l'Union européenne.