Cinéma : Canal+ menace de baisser ses investissements à cause de Disney+
latribune.fr
En contrepartie de ses investissements dans le cinéma, Canal+ peut diffuser les films sur ses chaînes six mois après leur sortie dans les salles obscures.
Le groupe Canal+ a menacé ce mercredi de réduire l’enveloppe de 220 millions d’euros qu’il investit chaque année dans le cinéma français et qui lui permet de diffuser des films six mois après leur sortie. En milieu d'après-midi, Disney+ a annoncé avoir obtenu un accord pour pouvoir diffuser ses contenus en France selon le même timing.
Le cinéma français va-t-il perdre des investissements ? C'est la menace que laisse planer le groupe Canal+, premier financeur du secteur, avec 220 millions d'euros alloués chaque année. En contrepartie, il peut diffuser les films sur ses chaînes six mois après leur sortie dans les salles obscures, en vertu du système appelé « chronologie des médias ».
Le groupe n'est pas le seul soumis à ce modèle de fonctionnement, amené à évoluer. Comme l'a indiqué mardi la ministre de la Culture, Rachida Dati, un nouvel accord interprofessionnel sur le sujet a été « mis en signature ». En 2022, une précédente réforme avait permis d'intégrer dans le système les grandes plateformes de vidéo en ligne, conformément à une directive européenne. À titre d'exemple, Netflix avait acté de verser 50 millions d'euros par an au secteur pour pouvoir diffuser les films quinze mois après leur sortie. La plateforme américaine souhaiterait réduire ce délai pour l'avenir, en le faisant passer à douze mois.
Disney+ obtient un meilleur accord de diffusion
Et elle n'est pas la seule. Après des négociations, Disney+ a annoncé ce mercredi un accord lui permettant la diffusion de ses propres films et d'autres productions françaises sur sa plateforme de streaming 9 mois après leur sortie en salles. Contre 17 mois actuellement. Ceci, en échange d'investissements renforcés dans le cinéma tricolore.
Dans le cadre d'un accord conclu pour trois ans, Disney+ s'engage donc « à investir 25 % de son chiffre d'affaires net annuel généré en France pour financer des œuvres cinématographiques et audiovisuelles, européennes et françaises ». L'effort financier avoisinerait les 45 millions d'euros par an. Jusqu'alors, cette enveloppe était de 20 % , ont précisé la firme et des organisations professionnelles françaises du cinéma (BLIC, BLOC et ARP). En outre, cet accord permettra Dinsey+ de doubler ses concurrents Netflix et Amazon.
Le géant américain semble donc être revenu sur ses positions, conscient que sans mettre la main au porte-monnaie en faveur du cinéma français, il ne pourrait pas diffuser les films aussi tôt qu'il le voudrait. Or, la concurrence est rude en matière de streaming et le catalogue de contenus à regarder est un argument crucial pour attirer les nouveaux abonnés. Une bonne nouvelle pour le modèle du cinéma français.
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Pas encore confirmée en milieu d'après-midi, l'information a déclenché la colère de Canal+. Le président du groupe, Maxime Saada, s'en est plaint ce mercredi devant la Commission de la Culture du Sénat. Selon lui, la contrepartie proposée par la plateforme américaine se monte à « 115 millions d'euros » sur trois ans pour le financement du cinéma, soit « 38 par an en moyenne » et non pas 45 millions. Dans un cas comme dans l'autre, c'est de toute façon bien loin des 220 millions annuels que débourse son groupe.
« Si Disney est à 9 mois pour 35 millions d'euros, pour Canal+, il y a un sujet des 220 millions d'euros à 6 mois », a déclaré le dirigeant. Et de prévenir : « Cette offre (de 220 millions d'euros annuels) n'est plus sur la table aujourd'hui. De mon point de vue, elle baissera nécessairement, la question c'est de combien ».
D'autant plus que, d'après lui, ce montant de 220 millions est « supérieur » aux obligations de financement de Canal+. Ces obligations, « calculées sur la totalité du chiffre d'affaires », se chiffrent « autour de 100 » millions d'euros, a-t-il affirmé. De plus, Canal+ ne diffuse pas que du cinéma, mais aussi du sport. Si bien que ces obligations pourraient diminuer. « Si demain, Canal+ sépare le sport et le cinéma dans son modèle, l'obligation est divisée par deux, donc les 100 millions deviennent mécaniquement 50 », a-t-il mis en garde. « On me dit "C'est une menace, tu ne le feras jamais", mais en fait on est à l'étude ».
Le patron de Canal+ assure que son groupe était « prêt à signer » afin de reconduire pour cinq ans l'accord à 220 millions d'euros. Mais « les organisations du cinéma » ne l'ont « pas souhaité », a-t-il affirmé.
« La question pour les organisations du cinéma (...) c'est : "Est-ce qu'elles préfèrent un modèle dans lequel Canal+ contribue largement" », quitte à dépendre de lui, « ou : "Est-ce qu'elles veulent se libérer de cette dépendance, mais prendre le risque de perdre 150 ou 200 millions d'investissements du groupe Canal ?" », a-t-il résumé.