CARMAT, UN CŒUR EN SURSIS (2/2). Les difficultés techniques et les déboires financiers n’ont pas découragé la communauté médicale qui continue de soutenir le cœur artificiel. Mais il va falloir monter en cadence pour prouver qu'il peut être rentable.
« Carmat, on n'y a jamais cru », a lancé cet été le patron de Bpifrance Nicolas Dufourcq sur BFM Business, en apprenant le redressement judiciaire de l'entreprise. « Cette idée d'un "Concorde français"n'est jamais très bonne pour les investisseurs. »Le cœur artificiel Aeson développé par Carmat serait-il donc une innovation technologique spectaculaire mais trop coûteuse et dépourvue de marché ?
Pour le savoir, il faut remonter le fil de son histoire. À l'origine de Carmat, il y a un rêve. Celui du chirurgien Alain Carpentier qui voulait mettre au point un cœur artificiel pour les patients souffrant d'insuffisance cardiaque biventriculaire. Une option révolutionnaire pour les malades en attente d'une transplantation cardiaque. Mais une fois que ce rêve a débarqué dans le monde réel, il a vite été confronté à de nombreux défis techniques et financiers.
Au départ, le projet est soutenu par le capitaine d'industrie Jean-Luc Lagardère et sa société Matra Défense. Après quinze ans de recherches, la société Carmat est fondée en 2008, contraction des noms Carpentier et Matra. La première implantation a lieu en 2013, à l'hôpital européen Georges-Pompidou. Et la commercialisation suit l'année suivante en Europe.
Déboires financiers
Au fil des levées de fonds, d'autres actionnaires entrent dans la danse. En particulier les petits porteurs lorsque la société entre en Bourse en 2010. Au point qu'ils représentent aujourd'hui 59,7 % du capital. Mais le Covid entraîne du retard dans le développement et les objectifs financiers. En 2022, la remontée des taux d'intérêt détourne les investisseurs de la tech, qui brûle du cash sans être rentable, préférant des entreprises aux modèles économiques éprouvés. Carmat n'arrive plus à lever des fonds.
Dès l'année suivante, la société se finance grâce à des prêts relais, une solution de dépannage sans avenir qui ne convient pas aux besoins de long terme de la recherche médicale. Carmat navigue à vue, et les marchés privés s'en rendent compte. Or, pour une société cotée, quand la confiance disparaît, c'est la descente aux enfers. « Le défaut de paiement de Carmat est dans la droite ligne de nombreuses start-up de la tech qui déposent le bilan aujourd'hui, confirme l'avocat Didier Bruere-Dawson, spécialiste des restructurations chez BCLP. Comme tout produit proposé par une start-up, c'est une offre en devenir. De levée de fonds en levée de fonds, les investisseurs ne sont plus prêts à prendre ce risque, surtout dans un cadre géopolitique aussi incertain. »
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