Alpha Impulsion invente une fusée qui se consume en orbite

Florine Galéron

Alpha Impulsion gagne le prix Tech for Future 2025, plus grand concours de start-up de France organisé par La Tribune, dans la catégorie Start.
Rémi Benoit

Florine Galéron

Alpha Impulsion gagne le prix Tech for Future 2025, plus grand concours de start-up de France organisé par La Tribune, dans la catégorie Start.
Rémi Benoit
Faire voler des fusées autophages, autrement dit dans laquelle la propulsion est générée par la combustion du fuselage de la fusée. En progressant dans l'atmosphère, le lanceur va se consumer à la manière d'une bougie. À la fin du vol, il ne restera plus que le moteur et le satellite à envoyer en orbite. C'est avec cette rupture technologique que les Toulousains d'Alpha Impulsion viennent de remporter le prix Tech for Future 2025 dans la catégorie Start.
« Avec cette technologie, on n'a plus besoin de système de séparation d'étages, de réservoirs ou de moteurs supplémentaires. Ces pièces ne sont pas produites donc ne coûtent rien, elles n'ont pas d'impact environnemental et ne vont pas devenir des débris dans l'espace », décrit Marius Celette, président d'Alpha Impulsion, passé par l'Isae-Supaero à Toulouse.
La start-up estime que le remplacement de la structure classique à étages par un fuselage carburant réduit le poids total de la fusée de plus de 40 %. La suppression des composants devenus inutiles pourrait diviser les coûts de production par cinq et démocratiser encore davantage l'accès à l'espace.
Même si des chercheurs s'intéressent déjà depuis le début du XXe siècle à cette technologie (l'université de Glasgow mène actuellement des travaux sur le sujet), aucune fusée de ce type ne s'est jamais envolée. Les progrès exponentiels connus par les polymères (composant les matériaux dont le plastique) ces dernières années facilitent son adoption. « Notre fusée sera fabriquée avec du polyéthylène, un matériau à la fois extrêmement combustible et extrêmement résistant : c'est le matériau qui manquait pour développer un lanceur autophage », estime le fondateur de la start-up, en réflexion pour utiliser du plastique recyclé dans la fabrication de la fusée.
Deux ans après sa création, Alpha Impulsion a démarré les essais du système à l'origine du rétrécissement de la fusée. Suivront les essais au sol d'un prototype échelle réduite de près de trois mètres de hauteur, qui sera ensuite testé en vol en fin d'année et qui devrait rétrécir de moitié durant sa progression dans l'atmosphère. Ce qui marquerait le lancement de la première fusée autophage au monde.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité tech.

Le micro-lanceur final, baptisé Grenat, fera 25 mètres de haut et pourra transporter jusqu'à une tonne de charge utile en orbite basse. Le but est que cette fusée rétrécisse à seulement un mètre pour garder uniquement la chambre de combustion.
Le premier vol commercial de la technologie est attendu en 2028. La start-up a déjà récolté une demi-douzaine de lettres d'intention.
Alors que la bataille des mini-lanceurs bat son plein en Europe entre les Français -(HyprSpace, Latitude, MaiaSpace, Sirius), les Allemands (Isar Aerospace, RFA) ou encore les Britanniques (Orbex) dont les programmes sont déjà bien avancés, Alpha Impulsion n'a pas peur d'avoir un train de retard. « Notre technologie s'adresse à l'étape d'après avec un lanceur qui pourra rivaliser avec SpaceX au niveau des tarifs, ce qui n'est pas le cas des acteurs européens des mini-lanceurs », fait remarquer Marius Celette.
Par ailleurs, Alpha Impulsion compte adapter sa technologie autophage pour la propulsion des satellites. La propulsion chimique utilisée aujourd'hui par les acteurs historiques tels qu'ArianeGroup permet une forte poussée mais a l'inconvénient d'utiliser des carburants toxiques comme l'hydrazine.
« Une fusée autophage permet d'avoir une très haute poussée pour mener des missions en orbite géostationnaire, le transport lunaire ou les remorqueurs spatiaux sans avoir besoin d'embarquer d'énormes réservoirs de carburant. Ce qui permettra de gagner beaucoup de poids sur le lanceur », atteste l'entrepreneur.
Plus propre, la propulsion électrique est en plein essor via notamment de nouveaux acteurs à l'instar de Safran, Exotrail ou ThrustMe, mais a l'inconvénient d'être moins performante en termes de poussée que la solution chimique. La start-up Alpha Impulsion entend apporter une troisième voie.
Pour accélérer son développement, la société a ouvert à l'automne dernier une filiale à Turin, en Italie. Le Piémont concentre de grands acteurs du spatial à l'image du constructeur de satellites Thales Alenia Space ou du motoriste Avio. Alpha Impulsion y emploie trois personnes et a intégré l'accélérateur de l'agence spatiale européenne, l'ESA BIC, sur place. Fort d'un effectif total de 16 salariés, Alpha Impulsion entend boucler une levée de plusieurs millions d'euros courant 2025.
--------------------
À lire également
« Tech for Future » est le plus grand concours de start-up de France. Organisé par la rédaction de La Tribune, il est soutenu par des partenaires officiels tels que Bpifrance, Business France, BNP Paribas, Dalkia, SNCF Connect & Tech, France Digitale, Deloitte, l'INPI, le ministère des Outre-Mer, Orange ou encore BFM Business. Il se compose d'une tournée en janvier et février dans tous les territoires (11 étapes dont 8 en métropole et 3 en Outre-Mer), pour repérer les innovations qui changent le monde dans tous les domaines. Au terme de cette tournée, 51 start-up de tous les territoires ont été primées. Parmi elles, La Tribune a révélé à Paris, le 1er avril, les 10 innovations de l'année 2025. Après sa victoire lors de la sélection en Occitanie, Alpha Impulsion gagne le prix Start de Tech for Future 2025.
Florine Galéron
Suppression d'emploi à cause de l'IA : Zuckerberg admet (encore) des « erreurs » dans la refonte de Meta
Coup de tonnerre pour Anthropic : Trump bloque l'accès étranger aux IA « Fable » et « Mythos »
Derrière l’IPO de SpaceX, un pari massif sur l’IA plus que sur le spatial
LDLC améliore ses résultats, dans l'attente de « la révolution de l'IA »