Le débat public laisse parfois une impression de déjà-vu. À peine commencé, l'examen du projet de budget pour 2025 laisse entrevoir les pires passions françaises : la dépense publique comme seule fin et la fiscalité comme seul moyen. Dans ce domaine, l'imagination des parlementaires des deux extrêmes est sans limites. Disons-le clairement : le redressement des comptes publics est un impératif catégorique. Sans ordre budgétaire, il n'est point de progrès social, point de services publics de qualité ni d'avenir pour la compétitivité de notre économie. C'est entendu.
Mais quelles sont les caractéristiques de notre modèle social ? Des dépenses sociales plus élevées que partout ailleurs, et des prélèvements obligatoires plus élevés que partout ailleurs, pour justement tenter de les financer. Par conséquent, nous pensons que l'ajustement budgétaire qui vient doit continuer de servir notre compétitivité et non pas le contraire. De ce point de vue, les réussites économiques lentement acquises, au prix de la constance et de la stabilité de ces sept dernières années, pourraient rapidement devenir, si l'on n'y prend pas garde, une parenthèse heureuse, mais une parenthèse quand même, de notre vie économique.
Dans la féroce compétition économique internationale, dans un monde dominé par les efforts industriels massifs des États-Unis et de la Chine, nos entreprises et leurs salariés ne peuvent pas être de nouveau pénalisés par des coûts salariaux excessifs et par des impôts annoncés aujourd'hui ciblés et ponctuels mais demain, on le sait, possiblement pérennes et élargis. Ce serait une erreur pour l'emploi, une faute pour nos recettes publiques à moyen terme et un contresens total pour le pouvoir d'achat et pour le travail, qui doit résolument payer plus.