« Les Gilets jaunes peuvent resurgir » (Jérôme Fourquet, Ifop)
Nicolas Prissette
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Entretien avec Jérôme Fourquet Directeur du département Opinion à l’Ifop
ERIC GARAULT/Le Figaro Magazine
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Entretien avec Jérôme Fourquet Directeur du département Opinion à l’Ifop
ERIC GARAULT/Le Figaro Magazine
Le 17 novembre 2018, près de 300 000 personnes se rassemblent sur les ronds-points pour protester contre la surtaxation des carburants. Le mouvement des Gilets jaunes commence. Il va ébranler le pouvoir et changer les règles de la contestation sociale. Cinq ans plus tard, où en est-on ?
En repensant à ce qui s'est passé en 2018, on a le sentiment que ce type d'éruption contestataire peut se reproduire...
Oui. Les ferments de la crise sont toujours présents. D'abord, le prix des carburants. En novembre 2018, le gazole était à 1,40 euro le litre. On est aujourd'hui aux alentours de 2 euros. Ensuite, le mal-être du bas de la classe moyenne, notamment dans les zones périurbaines et rurales, n'a pas changé. C'est le sentiment que, bien qu'en travaillant, on n'arrive plus à se conformer aux standards de la société de consommation. Une des phrases que nous avons le plus entendues sur les ronds-points était : « Je travaille, ma femme également et une fois qu'on a tout payé, il ne reste rien. » C'est l'incapacité pour ces salariés, indépendants ou retraités de dégager un budget pour des petits extras, un cinéma ou un restaurant de temps en temps, ou partir en vacances. La crise inflationniste actuelle a aggravé la situation. Près de 40 % de la population a réduit les portions servies à table.
Dans les ferments, subsiste-t-il l'idée que les responsables politiques sont trop loin de la vie quotidienne ?
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Bien sûr. Le sentiment d'être des invisibles demeure. Alors même que la société considère, à juste titre, que cette petite classe moyenne composée de caristes, aides-soignantes, caissières, etc., occupe des métiers dits essentiels, ils ne sont pas mis en valeur. Une autre grande phrase revenait dans les propos des Gilets jaunes : « On est trop riches pour être aidés, pas assez pour s'en sortir. » Ils estimaient que les politiques publiques ne leur étaient pas destinées. Pas uniquement dans les décisions concrètes [types d'aide et de subventions...], mais aussi dans les discours. Et cela perdure. Le gouvernement met l'accent ces derniers mois sur les JO 2024. On a redouté que les émeutes de l'été écornent l'image de la France à l'étranger, alors que ces Français y voyaient avant tout la perte de contrôle de l'État dans ces quartiers ! De même, on explique que les transports publics doivent être au rendez-vous des Jeux. Or, pour les gens concernés, c'est au quotidien que le métro et le RER devraient être au rendez-vous... Ce type de déconnexion nourrit une revendication comme celle du référendum d'initiative citoyenne : on veut poser les questions qui nous intéressent et définir l'agenda.
Nicolas Prissette