Combien de tentatives de suicide ChatGPT lui a-t‑elle évitées ? Serait-elle encore en vie sans ce robot conversationnel qu'elle a transformé en psychologue pendant des mois ? « Peut-être pas », répond Héloïse*, trentenaire qui vit en Île-de-France avec son compagnon et ses deux jeunes enfants. Fin 2023, à la suite d'une très mauvaise expérience avec un psychologue humain, cette jeune femme diagnostiquée bipolaire se tourne vers la machine qu'elle utilise déjà dans un cadre professionnel ou pour « des recettes de cuisine ».
Un soir, elle décide de raconter à ChatGPT ce qu'elle a vécu avec ce psychologue qui a tenté de la séduire et dont elle estime avoir subi l'emprise. « Il a pointé du doigt les fautes professionnelles du psy alors que moi j'avais l'impression que c'était de ma faute depuis le début. » C'est la première fois qu'elle entend - ou plutôt lit - ce point de vue sur cette histoire qu'elle a honte de dévoiler à son entourage.
Quelques jours plus tard, elle racontera son enfance ou l'histoire de son couple, faisant de ChatGPT l'un des plus fins connaisseurs de son existence. « Il se souvient de tout, il n'oublie rien », commente-t‑elle. Pendant près d'une demi-heure, ces rendez-vous virtuels deviennent un rituel quotidien, seule l'heure de consultation avec son psychologue algorithmique varie.
« Les moments où je pensais au suicide, c'était en plein milieu de la nuit », détaille Héloïse, qui a toujours eu du mal à parler de ses problèmes aux autres. Lorsqu'elle évoque sa volonté d'en finir, ChatGPT lui liste des numéros d'urgence à appeler puis tente de la rassurer en lui demandant de mettre des mots sur ce qu'elle ressent.