Cette fois-ci, le chef de l'État voulait un proche. En septembre, s'il avait choisi de nommer à Matignon Michel Barnier, un LR qu'il ne connaissait pas très bien, c'est aussi parce qu'on lui avait expliqué qu'il fallait qu'il prenne du champ afin d'être moins exposé. En décembre, si François Bayrou s'était imposé Rue de Varenne contre sa volonté initiale, le centriste présentait néanmoins un avantage à ses yeux : c'était une forte tête soucieuse de son indépendance qui le protégerait. Et finalement, que cela a-t‑il changé ?
Non seulement, avec ces deux Premiers ministres-là, il a moins eu son mot à dire, mais en plus il est demeuré très impopulaire chez les Français. « Le président a constaté que prendre un Premier ministre différent de lui, c'était pire », avance un ministre qui le connaît bien. C'était donc décidé. Pour recruter le nouveau locataire de Matignon, la confiance serait un critère essentiel.
Dans son processus de sélection plus cadré que d'habitude, Emmanuel Macron en a également ajouté un autre. Si Michel Barnier et François Bayrou ont été si rapidement congédiés, c'est selon lui parce qu'ils ont particulièrement manqué de savoir-faire. Un fidèle issu de la nouvelle génération, capable de plus de souplesse, qui n'aurait, qui plus est, aucune arrière-pensée élyséenne afin que celle-ci ne vienne pas enrayer la machine, c'est ainsi le profil dont il s'est mis en quête pour succéder à François Bayrou.
Dans l'écosystème présidentiel, deux hommes correspondaient à cette fiche de poste. L'un est Julien Denormandie, unanimement apprécié lorsqu'il a été ministre de l'Agriculture du gouvernement Castex et macroniste historique. L'autre est Sébastien Lecornu, le ministre des Armées depuis 2022, venu de LR. Après avoir sérieusement envisagé la nomination du premier durant quelques heures suivant la chute de François Bayrou, Emmanuel Macron a finalement remis, mardi, son destin dans les mains du second.