« Qu'est-ce qui nous lie au RN ? » Lorsqu'il pose cette question, le 13 juin 2024, Bruno Retailleau est assis dans son bureau du Sénat. Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale et Éric Ciotti a annoncé sur TF1 qu'il ferait alliance avec Marine Le Pen aux élections législatives.
Les Républicains sont ébranlés par ce choix de leur président, qui les place dos au mur. La quasi-totalité des cadres et des députés du parti ne le suivent pas mais quelques-uns vacillent. Le chef des sénateurs LR, lui, a sollicité un vote de ses troupes sur cet embryon d'union des droites. Une écrasante majorité l'a rejetée. Voilà le Vendéen sécurisé : en dépit de ses convictions pétries du souverainisme conservateur de son mentor Philippe de Villiers, il est foncièrement hostile à l'idée de s'arrimer à l'extrême droite. À tout le moins celle qu'incarne le Rassemblement national.
D'où son interrogation. Ce jour-là, c'est à une fidèle en proie au doute que Bruno Retailleau s'adresse. Conseillère au groupe parlementaire, Alice Clergeau a fait savoir dans la presse locale charentaise qu'elle envisageait d'être candidate sous bannière ciottiste. Sa famille politique l'a trop déçue.
Ex-militante à l'UNI, le syndicat étudiant réac, elle vide son sac devant son chef. Sans la sermonner, ce dernier lui demande de bien réfléchir. Les frontistes ne sont-ils pas inaptes à exercer le pouvoir ? Leur logiciel économique n'est-il pas proche du social-étatisme honni par la droite libérale ? Peut-on s'y associer sans devenir un obligé du clan Le Pen ? La doctorante en droit se laisse convaincre de rester à bord. Elle n'est pas la seule de sa génération, biberonnée au zemmourisme, que Bruno Retailleau a dû dissuader de franchir le Rubicon.