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La Tribune DimanchePolitique

Le point commun entre Macron, Orban et Trump ? Ils ont mis la nostalgie au coeur de leur stratégie politique

Hannah Charhon

Publié le 11 août 2025 à 14:00

Donald Trump pendant sa campagne « Make America Great Again » à Des Moines, le 14 octobre 2020.

Donald Trump pendant sa campagne « Make America Great Again » à Des Moines, le 14 octobre 2020.

LTD / Alex Edelman / The Photo Access / Cover Images / Reuters

La Tribune Dimanche

N143 ● 28 juin 2026

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Des slogans d’un autre temps aux doctrines militaires oubliées, certains dirigeants politiques ravivent des symboles du passé pour consolider leur pouvoir dans un présent instable. De Moscou à Washington, de Paris à Budapest, la nostalgie devient un outil stratégique : ressusciter un âge d’or supposé pour projeter force, souveraineté et peur dans le jeu mondial.

À la faveur d'une escalade verbale entre Donald Trump et Dmitri Medvedev autour de la possible réactivation de la doctrine nucléaire soviétique dite de la « main morte », une tendance se dessine : celle de leaders politiques qui exhument de vieux concepts pour renforcer ou légitimer leur posture actuelle.

De la Russie aux États-Unis, en passant par la France ou la Hongrie, des figures d'autorité ravivent des références du passé - doctrines militaires, symboles nationaux, mots d'ordre d'un autre temps - pour nourrir un discours de puissance, de souveraineté ou de peur.

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On avait plus entendu parler de la « main morte » depuis la fin de la guerre froide. Le 31 juillet dernier, Dmitri Medvedev l'a remise au goût du jour. Ce système ultra-secret de riposte automatique, mis en place par l'Union soviétique, garantissait une contre-attaque nucléaire même en cas de destruction totale de la chaîne de commandement russe. La réponse de Washington n'a pas tardé : Donald Trump a ordonné le déploiement de deux sous-marins nucléaires.

Une escalade verbale et militaire qui sonne comme un retour aux logiques de confrontation des blocs. Mais derrière cette provocation, Dmitri Medvedev joue une partie plus personnelle. Ancien président au profil jugé trop libéral par ses opposants politiques, puis éclipsé par l'arrivée au pouvoir de Poutine, il profite aujourd'hui de la guerre en Ukraine pour se repositionner au cœur du jeu politique russe. Cette fois avec un ton nationaliste et agressif, quitte a tourner le dos à son passé plus modéré.

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Aux États-Unis, Donald Trump ranime lui aussi les fantômes du passé. On se souvient de son slogan « America First », brandi avec force lors de sa campagne en 2016, puis réaffirmé à son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. S'il en a fait sa marque de fabrique, le slogan remonte aux années 1940. Le America First Committee - un mouvement isolationniste d'ultranationalisme et de suprémacisme blanc - militait contre l'entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.

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À l'époque, il s'agissait déjà d'asseoir la grandeur des États-Unis sur le reste du monde. Donald Trump s'est emparé de ce slogan, en l'adaptant à son style hyperbolique : rupture avec  le multilatéralisme, protectionnisme économique et repli diplomatique. Sa ligne politique est limpide : restaurer la grandeur passée des États-Unis, symbolisée par son célèbre « Make America Great Again ». Un autre slogan dont s'est emparé Trump, issu, en réalité, de son prédécesseur Républicain Ronald Reagan. Une fois de plus, le président américain use de cette rhétorique nostalgique pour mobiliser son camp électoral.

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En France, c'est un léger souffle gaullien qui semble planer au-dessus d'Emmanuel Macron. Depuis 2017, il revendique une « autonomie stratégique européenne ». Une idée déjà évoquée par le Général de Gaulle après la Seconde Guerre mondiale : celle d'une Europe capable d'agir de manière autonome sans dépendre des États-Unis. La maîtrise du destin européen inspire aujourd'hui le président, dans un contexte marqué par la rivalité sino-américaine, la montée en puissance de la Russie et la volonté des pays européens de garder la main. En se plaçant dans les pas du « dernier grand Français », Emmanuel Macron affiche clairement son ambition de restaurer une Europe puissante, indépendante, menée par une France affirmée à sa tête.

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Plus à l'Est, Viktor Orbán se tourne, lui, vers une Europe encore plus ancienne. Depuis le début de son mandat, il est le défenseur d'une « Europe chrétienne », seule, selon lui, « à avoir un avenir ». Nostalgique des racines chrétiennes conservatrices de l'Europe, il souhaite restaurer une civilisation qu'il juge affaiblie par des décennies de communisme.

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Derrière cet appel identitaire, c'est une rhétorique bien rodée qui se dessine : celle d'une Europe conservatrice, opposée à l'immigration, que le Premier ministre hongrois qualifie de « virus du terrorisme». Un bon prétexte pour le chef du parti Fidesz d'instrumentaliser la religion pour justifier sa politique anti-immigration et redéfinir sa place dans l'échiquier politique post-communiste. Ancrés dans une réalité incertaine, un bon nombre des dirigeants politiques semblent être animés d'une même nostalgie : retrouver l'influence de son « âge d'or » au sein d'un équilibre mondial fragilisé.

Hannah Charhon

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