OPINION. « Le sursaut de la coalition, ou la chienlit avant le chaos », par Pierre-Yves Bournazel, candidat à la Mairie de Paris
Par Pierre-Yves Bournazel

Pierre-Yves Bournazel est candidat à la Mairie de Paris.
LTD/JOEL SAGET / AFP
Par Pierre-Yves Bournazel

Pierre-Yves Bournazel est candidat à la Mairie de Paris.
LTD/JOEL SAGET / AFP
Après la chute du gouvernement de François Bayrou, le Président de la République doit désormais nommer son cinquième Premier ministre en trois ans. L'arithmétique ne ment pas : tant qu'un Premier ministre a pour socle le bloc central et la droite républicaine, auquel s'ajoute la clémence des sociaux-démocrates, il peut gouverner. Dès lors qu'il s'en éloigne, il tombe.
Pour sortir de l'ornière dans laquelle nous nous trouvons, il faut revenir à son origine. Après avoir subi un revers majeur aux élections législatives de 2022, le Président de la République a fait le choix de n'en tirer aucune conséquence politique. Alors qu'il aurait pu et dû faire le choix d'une coalition d'action, sur la base d'un accord de gouvernement transparent avec la droite républicaine ou avec les sociaux-démocrates, il a laissé s'installer le désordre à l'Assemblée.
Refuser de négocier sur la base du choix souverain du peuple, comme cela aurait été le cas dans toute démocratie mature, pour préférer poursuivre sa propre politique via des accords bancals texte par texte ne pouvait nous mener que dans l'instabilité. L'oisiveté des forces politiques elles-mêmes, qui n'ont pas davantage fait le choix de la responsabilité, a donc amené une dissolution. Une dissolution hasardeuse et incomprise.
Ces législatives n'ont pas clarifié la situation politique et personne ne s'est montré davantage capable de créer les conditions du rassemblement. Tout au plus, la droite républicaine a enfin fait le choix de participer au gouvernement aux côtés du bloc central. Mais ce n'est désormais plus suffisant pour former une majorité si ce n'est absolue, suffisamment robuste à l'Assemblée nationale.
Face à ce risque immense, d'aucuns en sont à souhaiter une nouvelle dissolution, voire même la démission du Président de la République. Pour les partis populistes, il ne s'agit que de rassembler davantage les conditions du chaos. Pendant ce temps, ne voulant pas faire d'effort pour se rassembler, les partis de gouvernement attendent passivement que quelqu'un d'autre qu'eux relance les dés, et ce, malgré les dangers.
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Les Français jugeront sévèrement ceux qui auront préféré la posture à la responsabilité. Ils n'attendent pas de ceux qu'ils ont élu qu'ils se croisent les bras en attendant qu'une majorité absolue tombe du ciel, qu'ils refusent de se mouiller tant qu'une pleine hégémonie politique ne leur laisse pas les mains libres.
Nous ne pouvons pas nous permettre de passer les 20 mois qui nous séparent de l'élection présidentielle dans l'instabilité, l'immobilisme ou l'attentisme. Face à un état financier aussi désastreux, à des attentes sociales et économiques aussi fortes et à une situation géopolitique aussi dangereuse, nous avons besoin de stabilité et surtout d'action. Apparaître faible et immobile, à la merci de tous les prédateurs étatiques et non-étatiques, s'apparenterait à un suicide collectif.
Il nous faut donc désormais inverser la logique du rassemblement pour créer véritablement les conditions d'une coalition. Ce vœu pieu est régulièrement formulé mais jamais suivi d'effet, parce que beaucoup l'agitent sans véritablement le vouloir et donc sans réellement en créer les conditions. J'entends, pour ma part, proposer une méthode « clef en main » pour nous donner une vraie chance de réussir.
L'ensemble des chefs de partis et des présidents de groupe de l'Assemblée nationale et du Sénat, des sociaux-démocrates à la droite républicaine, du PS à LR, d'Olivier Faure, Boris Vallaud et Patrick Kanner à Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez et Mathieu Darnaud, doivent se rencontrer. Ils doivent se parler entre eux, d'abord en bilatérale s'il le faut, puis surtout, tous ensemble, en plénière. Il n'y a en effet nul besoin que la figure présidentielle fasse tampon.
Un cycle de réunions régulières doit les conduire à acter quatre décisions.
Premièrement, ils doivent se mettre d'accord sur l'objectif : seulement assurer la stabilité politique et, sans révolution ni réforme d'ampleur, faire en sorte que les 20 prochains mois soient utiles aux Français. La politique partisane reprendra ses droits au moment des grands rendez-vous de 2027.
Deuxièmement, ils doivent figer leurs désaccords, acter leurs différences profondes et irréconciliables. Par exemple, il apparaît évident qu'il ne pourra y avoir, au cours des 20 prochains mois, aucune réforme profonde de la politique migratoire ou de la fiscalité.
Troisièmement, ils doivent se mettre d'accord sur quatre thèmes d'actions et mesures afférentes. Soit parce que ces thèmes et mesures sont consensuels, soit parce que chacun accepte de laisser la main à l'autre sur un thème. Ces thèmes pourraient être la sécurité extérieure, avec l'adoption d'une nouvelle loi de programmation militaire ; la sécurité intérieure, avec l'élaboration d'un nouveau cadre d'action pour les polices municipales, satisfaisant plutôt la droite ; la cohésion sociale, avec l'adoption de mesures en faveur des étudiants ou des familles monoparentales, satisfaisant plutôt la gauche ; l'écologie, avec une programmation pluriannuelle de l'énergie qui acte l'équilibre entre le soutien aux énergies renouvelables et au nucléaire. Enfin, ils devront s'accorder sur un projet de budget qui comprenne des économies budgétaires conséquentes dont ils pourraient se répartir la détermination.
Enfin, quatrièmement, et seulement après tout cela, ils devront proposer le nom d'un premier ministre pour mettre en œuvre cette politique. Une fois les mesures à porter identifiées, la répartition des postes gouvernementaux sera plus facile.
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Nous devons sortir du dilemme du prisonnier dans lequel nous sommes collectivement enfermés. Aucun parti républicain ne peut se satisfaire de la situation actuelle, car aucun ne peut en sortir vainqueur seul. Pendant ce temps, l'extrême droite progresse élection après élection. Les formations politiques républicaines doivent accepter de renoncer aujourd'hui à une part de leur idéal. Car si elles refusent encore de se parler, elles ne feront pas seulement chuter un Premier ministre, elles livreront notre démocratie au populisme.
Par Pierre-Yves Bournazel