Monsieur le Premier ministre,
« Drill, baby, drill » : Donald Trump nous avait prévenus, son mandat serait celui du retour au pétrole. Nous n'avons donc pas été surpris de le voir signer parmi ses premiers décrets le retrait de son pays de l'accord de Paris. Alors même que l'urgence est plus grande que jamais, que la liste des catastrophes naturelles liées au réchauffement planétaire se rallonge chaque année, l'écologie est reléguée au second plan. Ce mouvement est le fait d'offensives politiques et non celui des opinions publiques. Car l'enjeu climatique n'a pas disparu des esprits, contrairement à ce que certains voudraient faire croire : une enquête menée auprès de 130. 000 personnes dans 125 pays a révélé que 89 % d'entre elles étaient favorables à une action plus forte.
Nous voulons donc alerter aujourd'hui : rien ne doit nous faire oublier l'urgence et l'implacabilité du péril climatique. Oui, le monde est entré dans une phase de crises multiples. La guerre menace de s'étendre ; la démocratie, nos libertés publiques, les droits des femmes subissent des coups de boutoir de plus en plus violents. Mais tout cela sera durement amplifié si nous laissons le climat s'emballer. Et comme toujours, ce sont les plus fragiles qui en pâtiront le plus durement bien que l'ensemble de la population soit concerné.
Nous, maires et élus locaux, portons au quotidien l'ambition de territoires durables, solidaires et résilients. Face à l'urgence climatique et environnementale, nous avons pris des engagements concrets, déployé des projets ambitieux et mobilisé nos citoyens en faveur d'une transition écologique juste et efficace. Aujourd'hui, nous vous interpellons avec gravité et responsabilité : la France ne peut se permettre de reculer sur l'écologie.
La réduction drastique du fonds vert, combinée aux nombreux signaux d'un affaiblissement de la planification écologique (baisse du soutien au photovoltaïque, du bonus écologique, de la rénovation énergétique, financement de la mobilité urbaine, loi agricole, ZAN, ZFE...), compromet les efforts que nous menons sur le terrain. Nos collectivités ont besoin de moyens à la hauteur des défis à relever : rénovation énergétique des bâtiments, mobilités actives, préservation des ressources en eau, développement des énergies renouvelables, végétalisation, diminution du rythme d'artificialisation, lutte contre la pollution de l'air, alimentation saine et locale...
Sans un soutien fort de l'État, ces initiatives seront ralenties, voire abandonnées, au détriment des générations futures. Nous réitérons que ces mesures ne sauraient rencontrer l'adhésion de nos concitoyennes et concitoyens sans effort pour instaurer une plus grande justice sociale : il est en effet nécessaire que chacun y contribue en fonction de ses moyens, sous peine d'aboutir à un échec que nous ne pouvons nous permettre.
Le changement climatique n'est pas une menace lointaine. Il est déjà une réalité tangible pour nos habitants : inondations, sécheresses, canicules... Nous en constatons les effets chaque jour et nous nous efforçons d'y répondre en cherchant à la fois à limiter notre contribution au réchauffement comme à nous y adapter. Alors même que certaines des communes de notre pays ne trouvent plus d'assurance du fait de la répétition des catastrophes, renoncer aux financements consacrés à la transition écologique reviendrait à condamner nos territoires à subir ces crises sans disposer des outils nécessaires pour les anticiper et les atténuer.
Monsieur le Premier ministre, nous vous appelons à lancer une mobilisation immédiate pour garantir le maintien et le renforcement des ressources allouées à la transition écologique. Loin d'être une contrainte, elle représente une formidable opportunité d'innovation, de création d'emplois locaux et d'amélioration de la qualité de vie de nos citoyens.
L'histoire jugera notre capacité à agir aujourd'hui. La France doit être exemplaire et à la hauteur des engagements internationaux qu'elle a pris. Nous vous demandons donc avec insistance de reconsidérer les arbitrages budgétaires récents et d'affirmer clairement que la transition écologique est une priorité absolue du gouvernement.
Signataires
- Nathalie Appéré, maire de Rennes, présidente de Rennes Métropole
- Benoît Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin
- Isabelle Assih, maire de Quimper, présidente de Quimper Bretagne occidentale
- François Astorg, maire d'Annecy
- Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg
- Olivier Bianchi, maire de Clermont-Ferrand, président de Clermont Auvergne Métropole
- Christine Bost, maire d'Eysines, présidente de Bordeaux Métropole
- Patrick Chaimovitch, maire de Colombes
- Michaël Delafosse, maire de Montpellier, président de Montpellier Méditerranée Métropole
- Emmanuel Denis, maire de Tours
- Grégory Doucet, maire de Lyon
- Cécile Helle, maire d'Avignon
- Pierre Hurmic, maire de Bordeaux
- Florence Jardin, présidente du Grand Poitiers
- Mathieu Klein, maire de Nancy, président de la métropole du Grand Nancy
- Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, président de la métropole Rouen Normandie
- Christian Métairie, maire d'Arcueil
- Léonore Moncond'huy, maire de Poitiers
- Benoît Payan, maire de Marseille
- Éric Piolle, maire de Grenoble
- Cyril Van Styvendael, maire de Villeurbanne
- Anne Vignot, maire de Besançon, présidente de Grand Besançon Métropole