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OPINION. « Démarchandisons la vie », par Boris Vallaud, président du groupe PS à l’Assemblée nationale

Par Boris Vallaud

Publié le 04 mai 2025 à 03:13

Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale milite pour une démarchandisation de la vie en France.

Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale milite pour une démarchandisation de la vie en France.

LTD/Alain JOCARD / AFP

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Pour réduire l'appauvrissement d'une partie de la population française, le député des Landes et président du groupe PS à l'Assemblée nationale Boris Vallaud milite en faveur d'une démarchandisation de la vie.

Le socialisme est orphelin d'une idée forte, et d'une inspiration profonde, qui emporte l'adhésion populaire par la simplicité de son évidence. Cette idée, nous l'avons sous nos yeux. Constatons avec lucidité la brutale accélération du capitalisme, et ses monstrueux échecs. Il ne s'agit plus simplement d'accumulation de richesses mais d'appropriation systématique, d'accaparement mécanique, de prédation sans limite. Tout est devenu marché qui resserre son étreinte sur nos vies.

La naissance, la vieillesse, la mort, tout est bon à vendre. L'eau, la terre, nos biens communs abandonnés à la spéculation. La santé, l'éducation, la culture, le sport, nos services publics livrés à la propriété privée. Cette logique n'est pas une perversion du système que nous essayons vainement de domestiquer, mais sa finalité intrinsèque. Les scandales révélés dans les Ehpad, l'enseignement privé, les crèches, les eaux en bouteille ne représentent pas de malheureux écarts, mais la manifestation éclatante d'un processus structurel.

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Le pari de Christophe Robert : une société plus solidaire et fraternelle

La marchandisation opère au-delà de la simple privatisation des services. Elle détruit profondément les relations sociales en y imposant des inégalités insoutenables, elle ignore, comme une entrave à son extension sans limite, les vertus de la justice sociale et de l'égalité.

L'éducation illustre trop bien ce phénomène où, derrière la promesse d'égalité des chances, se développe un système à deux vitesses aggravant les inégalités. Le secteur de la santé suit la même pente vertigineuse, avec une distinction croissante entre établissements bien dotés et structures périphériques sous-financées, pendant que le secteur privé sélectionne les interventions rentables.

Une société qui se brise en morceaux au profit de l'extrême droite

Les territoires, nos villes et nos campagnes eux-mêmes sont façonnés par cette logique implacable, certains étant délaissés par les services publics selon des critères financiers de pure spéculation, accentuant l'isolement et l'appauvrissement de leurs habitants.

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Le tout-marché dissout la société, capte le temps, les liens, l'espace public, les ressources naturelles, les politiques publiques. Tout passe au tamis du profit individuel. Résultat  : une société atomisée, des individus réduits à l'état de consommateurs, une épidémie de solitude. Dans ce désert relationnel, l'extrême droite prospère en vendant l'ordre, la verticalité et le repli identitaire.

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Constatons aussi notre indifférence coupable face à ce grand braquage de nos vies. Nous avons suffisamment essayé d'en corriger les conséquences pour le savoir. Il nous faut désormais combattre la marchandisation ­absolue de notre économie, de notre société, de notre terre, de notre humanité. Nous devons formuler une réponse profondément démocratique tout à la fois de résistance et de reconstruction  : la démarchandisation.

La démarchandisation n'est pas seulement une reprise en main de l'ordre économique et social, elle est avant tout une ardente nécessité démocratique. Cette réorientation implique de soustraire progressivement au marché les dimensions essentielles de la vie.

La démarchandisation, une solution ?

Démarchandiser, c'est soustraire l'enfance, l'éducation, la vieillesse ou la santé à la logique du marché. Cela implique la création de crèches publiques gratuites, la fin du financement des écoles non mixtes et des écoles supérieures à but lucratif, et la garantie d'une éducation émancipatrice. Pour la vieillesse, il s'agit de sortir les Ehpad du secteur lucratif, en généralisant les établissements publics et associatifs, et d'instaurer une Sécurité sociale de la mort pour des obsèques décentes pour tous.

Démarchandiser, c'est soustraire nos biens communs à l'accaparement et à la spéculation, c'est protéger le foncier agricole, c'est remunicipaliser l'eau, créer un pôle public de l'énergie et renationaliser des infrastructures essentielles ou critiques, et soutenir l'accès au logement des classes moyennes par une banque publique du crédit immobilier afin que l'essentiel échappe à la spéculation et serve l'intérêt général.

La démarchandisation constitue un projet politique neuf, visant une gestion collective et démocratique

Démarchandiser, c'est enfin reprendre le contrôle de notre souveraineté, non pour ressusciter le dirigisme, mais pour garantir que les décisions vitales - défense, sécurité - ne soient pas dictées par les seuls actionnaires. Les matériaux critiques essentiels à notre industrie et notre autonomie ne doivent pas être livrés à la spéculation internationale.

La démarchandisation, ce n'est pas une série de nationalisations techniques, ce n'est pas la substitution mécanique du marché par un État gestionnaire, lointain, sourd aux besoins des citoyens. La démarchandisation constitue un projet politique neuf, visant une gestion collective et démocratique. C'est dépasser tant la logique du consommateur que celle de l'administré privés de leur pouvoir d'agir.

Un élément important du futur de la doctrine socialiste

C'est concevoir différemment l'entreprise, la citoyenneté sociale, le travail et la richesse sur le fondement de l'utilité sociale et des limites planétaires. C'est remettre la politique au-dessus des contingences économiques. C'est rendre le ­service public vivant, incarné, proche, efficace parce que démocratique.

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  • Sécurité sociale : un risque de dérapage budgétaire record
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Voilà notre combat, notre promesse, notre horizon. Voilà ce qui doit être au cœur de la doctrine des socialistes pour les années à venir. Démarchandiser pour démocratiser, pour émanciper, pour abattre les frontières invisibles qui s'opposent à la fraternité.

Par Boris Vallaud

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