Qu'on l'abroge ou qu'on l'amende, cela importe peu... sauf sur le plan symbolique et politique. Car nul n'échappera au choc massif du vieillissement de la population ou au fait que cette réforme de 2023 a des « trous dans la raquette ». Pour bien comprendre le sujet, il faut intégrer six vérités. La première vérité, c'est que le choc du vieillissement est vraisemblablement le phénomène le plus important auquel sera confrontée la société française dans les prochaines années. La Chaire TDTE [transitions démographiques, transitions économiques] a calculé le surcoût annuel lié à l'augmentation du nombre de retraités et à la montée de la perte d'autonomie d'ici à 2030, c'est-à-dire demain. En l'absence de réforme ou de progrès médical, à partir de la prochaine décennie la France devra dépenser chaque année environ 50 milliards d'euros de plus qu'aujourd'hui pour la protection sociale. Il ne s'agit en rien d'affoler les uns et les autres, car tout problème a une solution, mais de se resituer dans un cadre quantifié et rigoureux.
La deuxième, si l'on veut traiter des problèmes de manière plus juste, c'est qu'il faut mettre l'accent sur les annuités, ce qui permet de prendre réellement en compte les différences majeures d'entrée sur le marché du travail. De la même manière, tous les critères de pénibilité des métiers doivent être un élément clé des conditions de départ à la retraite. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les grandes disparités d'espérance de vie entre les différentes CSP, par exemple six ans d'écart entre les ouvriers et les cadres.