« On ne se laissera pas faire » : la résistance des habitants de Cisjordanie face à la colonisation à marche forcée
REPORTAGE. En annexant des pans de Cisjordanie occupée pour construire de nouveaux logements, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou veut empêcher la création d’un État palestinien.
Amira Souilem, correspondante à Ramallah (Cisjordanie occupée)
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Près du village de Taybeh, où selon les habitants, les colons israéliens ont commencé à construire des maisons.
LTD/Soeren Stache/dpa via reuters
En ce dimanche matin ensoleillé de septembre, les cloches résonnent dans tout le village de Taybeh. La messe dans l'église grecque-orthodoxe Saint-Georges est l'occasion de retrouvailles hebdomadaires pour les villageois habitués à s'attarder autour d'un café à la sortie de l'office.
L'élégance tout orientale des fidèles et les grappes d'enfants qui égaient les lieux ne suffisent pas à masquer la gravité du moment. Un jeune homme d'une vingtaine d'années est mort cette semaine dans un village voisin, à la suite d'affrontements avec des colons israéliens. Ses funérailles sont prévues pour ce jour. À la tristesse se mêle la crainte d'une nouvelle flambée de violence à l'occasion de sa mise en terre.
Ici, à une dizaine de kilomètres au nord-est de Ramallah, les langues se délient seulement si l'anonymat est respecté. Comme pour mieux se faire entendre, une sexagénaire nous attrape par la main et confie : « À Gaza, il y a l'armée israélienne. Ici en Cisjordanie, il y a deux armées : celle des soldats israéliens et celle des colons. On est encerclés. »
De la main, elle désigne l'horizon : « En face il y a une base militaire israélienne, un peu plus à l'ouest, la colonie de Rimonim et, comme si cela ne suffisait pas, depuis quelques mois un avant-poste a fait son apparition. Les agriculteurs ont peur d'aller cueillir leurs olives parce qu'ils craignent pour leur vie. »
Sa nièce se joint à la conversation tout en nous conduisant sur les hauteurs du village. Elles offrent une vue spectaculaire sur les collines alentour et le désert de Judée. Non loin, les vestiges d'une église byzantine du Ve siècle servent de lieu de pèlerinage, de recueillement et parfois même de sacrifice d'animaux pour les fidèles du village. Un refuge qu'ils pensaient inviolable. Mais en juillet, des colons ont mis le feu à un terrain qui jouxte ce lieu sacré.
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Amira Souilem, correspondante à Ramallah (Cisjordanie occupée)