« Libérer Sansal un 5 juillet, le jour de l'indépendance, aurait été un mauvais signal, une insulte aux Algériens puisqu'il a remis en cause nos frontières ! » Assis à une terrasse de café, Mohamed, un retraité de l'Éducation nationale, se veut grave.
En cette matinée de jour férié, il fait déjà chaud dans la cité nouvellement construite de Ain-Malha, au sud d'Alger, et les rues d'habitude très commerçantes et grouillantes du monde sont désertes. L'odeur du café envahit les narines et le sexagénaire, la moustache bien taillée, partage une table avec un ami sur une terrasse où les clients se font rares.
Comme beaucoup d'Algériens, Mohamed n'aime pas « trop parler politique », pourtant les propos de Boualem Sansal, 80 ans, à propos des frontières de l'Algérie, qui font les choux gras des médias locaux depuis son arrestation en novembre 2024, le font bondir. « Mais cinq ans de prison, c'est trop quand même non ? » ose son voisin. D'autant que vendredi, à l'occasion du 63e anniversaire de l'indépendance du pays, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a gracié 6.500 détenus mais pas l'auteur du Serment des barbares. Une exclusion sans surprise.
Les médias algériensunivoques
Depuis quelques mois, une seule thèse a droit de cité dans le pays : l'auteur algérien, naturalisé français l'an dernier, est « un traître » qu'il faut maintenir en prison. Cette version de l'histoire a été mise entre parenthèses un moment avec la perspective d'une possible grâce présidentielle après la condamnation définitive du romancier et essayiste à une peine de cinq ans de prison ferme mardi dernier.
Aghiles Rania, correspondant à Alger