Croatie : Thompson, rocker nationaliste et miroir des fractures croates
Ce rocker nationaliste au passé sulfureux a réuni des centaines de milliers de spectateurs cet été. Ses concerts flattent le patriotisme kitsch de la Croatie, en pleine crise identitaire.
François d’Alançon
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Thompson, de son vrai nom Marko Perkovic, est une icône de la culture populaire croate.
LTD / Zvonimir Barisin/PIXSELL/Sipa USA via Reuters Connect
L'été en Croatie ne se résume pas aux remparts de Dubrovnik ou aux eaux turquoise de l'Adriatique. C'est aussi le moment où le chanteur le plus connu du pays, réputé proche de l'extrême droite, fait un carton. Le 5 juillet, Thompson — c'est son nom de scène — a organisé le plus grand concert payant de l'histoire du pays, qui compte à peine 4 millions d'habitants.
Selon les organisateurs, 500 .000 spectateurs se sont rendus à l'hippodrome de Zagreb, la capitale, pour assister à son show. L'« ethno-rocker » a récidivé un mois plus tard, réunissant plus de 150. 000 fans à l'hippodrome de Sinj, en Dalmatie. Trente ans après la fin de la guerre, Marko Perkovic, 58 ans, confirme son statut d'icône de la culture populaire croate.
La star puise sa légitimité dans son expérience d'ancien combattant de la « guerre patriotique » (1991-1995), qui a marqué la naissance de la Croatie indépendante. De cette période fondatrice, il a hérité son nom de guerre et de scène, Thompson, comme le vieux pistolet-mitrailleur américain qu'il avait récupéré lors de son engagement militaire.
À 25 ans, il avait intégré l'unité de volontaires chargée de défendre Cavoglave, son village natal, dans l'arrière-pays dalmate. C'est aussi là, dans un bar, qu'il avait écrit, pour remonter le moral de ses camarades, Bojna Cavoglave (« bataillon Cavoglave »), sa chanson culte. Cette promesse de vengeance contre les Serbes, diffusée pour la première fois sur Radio Split le 31 décembre 1991, devint un immense succès.
Le titre mit d'emblée son groupe sur une trajectoire controversée. Avant le début du premier couplet, il reprenait le salut de guerre « Prêts pour la patrie ! » utilisé par les unités oustachies du NDH, l'État indépendant de Croatie (1941-1945) soutenu par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste.
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