Personne dans cette enquête n'a souhaité parler à visage découvert. Et pour cause : personne ne souhaite la prison. En mars dernier, une étudiante de Boston était arrêtée en pleine rue par six policiers en civil et expédiée à 2.000 kilomètres de là, en Louisiane. Elle a croupi sept semaines dans un centre de détention sans avoir été inculpée de quoi que ce soit, avant d'être libérée le 9 mai.
Son seul tort, semble-t‑il, est d'avoir écrit un article dans le journal de son université, la très sélective Tufts, pour réclamer la fin des atrocités à Gaza. Même destin pour Mahmoud Khalil, un étudiant de la prestigieuse université Columbia de New York, arrêté pour avoir défendu la cause des Palestiniens. Détenu en Louisiane lui aussi, il attend d'être jugé par ce qui semble être la cour de justice la plus conservatrice du pays.
Comme des milliers d'étudiants, ces deux « cerveaux » sont menacés d'extradition vers leur pays d'origine. 300 visas ont déjà été révoqués par la Maison-Blanche, pour des raisons confinant parfois au ridicule : un jeune homme a ainsi perdu son droit de résidence pour avoir uriné en public, d'autres pour simples excès de vitesse. Du Kentucky au Massachusetts en passant par le Minnesota, aucune université ne semble protégée.
Lucie Robequain, envoyée spéciale à Cambridge, New York, Princeton et Washington