Il y a chez elle un côté vintage. Un air désuet, sans être démodé. Ce phrasé précis mais pas précieux. Et puis cette obsession pour les années 1980, auxquelles elle n'a même pas goûté - elle est née en 1991. Qu'à cela ne tienne ! Flora Fishbach réinvente cette décennie dans un nouvel album exhalé de lignes de synthé. On retrouve à la terrasse d'un bistrot parisien sa silhouette burtonienne auréolée de nicotine. « Quel est votre vin le plus gentil ? » demande-t‑elle au serveur, mine madrée, costume repiqué. Ce sera un verre de brouilly.
La musicienne a retrouvé son prénom de naissance, Flora, qu'elle accole désormais à son patronyme de scène, le même qu'à la ville, à une lettre près. Fishbach nous avait habitués à des refrains sibyllins, des tuniques fantasmagoriques ; Flora nous promet des danses endiablées, des blazers aux couleurs électriques. Sa voix fumée s'était déployée dans le paysage musical avec un premier opus très personnel (À ta merci, 2017), puis un deuxième, grandiloquent, (Avec les yeux, 2022). Ce troisième volet prend la tangente, rédempteur, et dépourvu de ce spleen qu'on voudrait lui greffer à la peau. « Je comprends que cette volte-face soit un peu désarçonnante », sourit la parolière, qui a cette fois priorisé la musique instrumentale. « C'est un disque de partage, d'amitié. J'y chante les choses heureuses que je me souhaite ou qui me sont arrivées. »
L'album est né très vite, de son propre aveu. Ses accointances avec les boucles de Donna Summer ou de Giorgio Moroder ou l'influence du grand Vladimir Cosma percent. Flora Fishbach savoure la seconde comparaison, assume son « côté très franchouillard ». Le septième art nourrit la musique de celle qui rêve d'écrire des bandes originales. « Mais le marché est assez bouché, accaparé par beaucoup de garçons. »
Alors elle fomente d'autres projets collectifs tel le « Technopéra », sorte de cabaret queer sous stéroïdes performé avec des amis artistes l'été dernier à travers plusieurs festivals. « La place de chanteuse isolée, de poète maudit sous la mansarde, ça n'est pas moi », appuie l'Ardennaise élevée à Charleville-Mézières, patrie d'Arthur Rimbaud.