L’Intrecciato, la trame du style Bottega Veneta
Élizabeth Lazaroo

L’Intrecciato est une technique de tressage mise au point en 1975 par Renzo Zengiaro, le fondateur de la marque avec Michele Taddei.
LTD/Solène Gun
Élizabeth Lazaroo

L’Intrecciato est une technique de tressage mise au point en 1975 par Renzo Zengiaro, le fondateur de la marque avec Michele Taddei.
LTD/Solène Gun
À mesure que le taxi nous conduit à Montebello Vicentino, au cœur de la Vénétie, les façades roses, olive et ocre défilent derrière les vitres, comme les vignobles de valpolicella et prosecco, au son de Moonlight Drive des Doors. « Ciao buongiorno ! » L'accueil cristallin de Barbara Zanin résonne à l'entrée d'une villa classée du XVIIIe siècle. Nous sommes dans la manufacture de maroquinerie de Bottega Veneta, griffe fondée en 1966, aujourd'hui propriété du groupe Kering.
De salle en salle aux sols de terrazzo vénitien, Barbara, directrice de l'artisanat et du patrimoine, nous guide jusqu'au cœur du savoir-faire maison : l'Intrecciato, tressage de fines bandes de cuir orientées à 45 degrés, mis au point en 1975 après neuf ans d'essais par Renzo Zengiaro, fondateur de la marque avec Michele Taddei. « C'est notre signature, affirme Barbara. Nos sacs sont souples, naturels, mais conservent leur tenue. »
Un secret né d'un subtil mariage d'expertise en prêt-à-porter et maroquinerie qui fit les fortunes de la région. À l'époque jeune artisan en maroquinerie, Renzo eut l'intuition d'associer les techniques du textile aux traditions du cuir et de la ganterie pour imaginer un tressage presque fluide. Ici, aucun logo clinquant. Seulement l'âme de l'artisanat. Cette maîtrise devient manifeste dans le Cabat, sac iconique imaginé en 2002 par le styliste Tomas Maier : deux jours de travail, deux artisans, zéro couture apparente. « Il n'est pas doublé, poursuit Barbara. Le fini doux et net se perçoit autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. »
Il épouse le corps comme une seconde peau, incarnant un luxe pensé pour vivre au quotidien. Même exigence pour l'Andiamo - littéralement « allons-y ! » -, lancé en 2023 par Matthieu Blazy. L'Intrecciato est si unique que la maison a fondé l'Accademia Labor et Ingenium pour en transmettre le savoir-faire. Dans les ateliers donnant sur un parc de 55 hectares, le calme règne. Dario, chef de l'atelier, essaie un sac porté épaule. -Antonella tresse chaque triangle de l'Andiamo comme elle tricoterait des fils de soie. Carlo, lui, veille à la qualité.
Dans son royaume, les sacs subissent des tests extrêmes : chambres tropicales, cylindres d'usure, analyses d'impact lumineux. « La qualité est notre obsession », répète Barbara. Les sacs Bottega Veneta se transmettent. Les plus emblématiques sont même accompagnés d'un certificat d'artisanat offrant un entretien à vie. « Si un prototype ne nous convainc pas, on aime à dire : "Il a besoin d'un peu plus d'amour" », murmure-t‑elle.
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Depuis le réfectoire, dans la brume de la vallée Dell'Agno, on croirait entendre Roméo clamer son amour à Juliette. Ils vécurent ici, dans leurs châteaux respectifs à Montecchio Maggiore. Pour la maison italienne dont le nom, Bottega Veneta, signifie « petite boutique artisanale de la région de Venise », l'Histoire nourrit la création : connaître les codes pour mieux les transcender. Elle conjugue le passé à l'avenir qui, désormais, s'écrit avec Louise Trotter, la talentueuse styliste anglaise adepte des lignes pures. Sa première campagne le prouve : deux doigts en V pour la victoire... ou formant un cœur, en hommage à une histoire d'amour faite main.
Élizabeth Lazaroo