La chronique de François Simon. Le Petit Rungis et son menu ouvrier
François Simon

Cette semaine, François Simon a testé Le Petit Rungis, à Nantes.
LTD/DR
François Simon

Cette semaine, François Simon a testé Le Petit Rungis, à Nantes.
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Aujourd'hui au comptoir du restaurant Le Petit Rungis, l'humeur est joyeuse. « Mélodie, lance un retraité, je voudrais un autographe ! » Il faut dire que la veille le quotidien Presse Océan a consacré sa une à ce relais routier de l'île de Nantes, à sa serveuse et à son patron, Laurent Denié. Il fait partie de ces restaurants qui filent sous les radars.
Tout autour s'affairent une noria de gros camions s'activant sur le chantier final du nouveau CHU de Nantes. Bientôt ce sera l'heure du déjeuner. Ça arrive par bourrasques : casque à la ceinture ou encore sur la tête, de solides gaillards tout en muscles et détermination vont faire un sort au petit menu ouvrier.
Combien sont-ils en France à rivaliser avec les fast-foods neurasthéniques, les tinettes mangées à la va-vite dans les camionnettes ? Plusieurs centaines, probablement un millier, à jouer les aubergistes. C'est quoi une auberge ? C'est un endroit où l'on arrive le creux à l'estomac à pas d'heure. Vous arrivez avant midi, les serveuses et la cuisinière sont encore en train de manger ; pas grave : « Bien sûr, on vous prend, j'allume la friteuse ! »
Aujourd'hui, au menu, des tomates réjouissantes avec une vinaigrette gentille et un ou deux anchois. Ensuite, la bavette emblématique du Petit Rungis. Et puis les frites, certes industrielles, mais faisant le taf. Les desserts sont-ils du jour ? « Non, pas aujourd'hui car on ferme demain. »
On aurait pu alors s'attendre à une saleté de l'agroalimentaire. Même pas, une sorte de petit capharnaüm mais royalement chapeauté d'une chantilly onctueuse et bavarde. Au Petit Rungis, on se rend compte alors que l'on bavarde comme c'est pas permis. Quasiment que des bonshommes. Ça cause foot, caisses (automobiles, s'entend), et de tout : délais, moteur, livraison. On règle fissa des petits problèmes quotidiens.
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C'est dingue, cet océan de paroles, de houle de mots et très souvent de rires. On se dit alors que le restaurant reste un lieu unique pour retrouver une humanité que les chantiers, le boulot, souvent assèchent. Il reste une étape de vie, de blagounettes, de cette souplesse joyeuse dont notre monde a tant besoin.
➡️ Le Petit Rungis, 57, boulevard Gustave-Roch (Nantes). Comptez 14 euros.
François Simon
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