ENTRETIEN — Le réalisateur espagnol de 75 ans revient avec « La Chambre d’à côté », un film puissant qui célèbre les forces vitales malgré la gravité de son sujet.
Pendant le tournage de La Chambre d'à côté, Pedro Almodóvar avait-il sans le savoir le pressentiment de la disparition prochaine de Marisa Paredes, l'une de ses actrices fétiches ? L'inoubliable Becky de Talons aiguilles est morte à 78 ans, peu de temps avant la sortie, mercredi prochain, du nouveau film du cinéaste : un opus tourné pour la première fois de sa carrière entièrement en anglais et aux États-Unis, avec un duo d'actrices au sommet, Tilda Swinton et Julianne Moore.
Mais le cinéaste emblème de l'Espagne, ancien enfant terrible de la movida, auteur de Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver, ne s'est pas transformé en réalisateur hollywoodien, loin de là... Sérieux et introspectif par son sujet - l'euthanasie - mais lumineux dans son traitement, La Chambre d'à côté réussit le pari de la beauté, de l'espoir et de la vie.
La Mostra de Venise ne s'y est pas trompée et a couronné le film de son Lion d'or en septembre. Entretien avec un Almodóvar inquiet de l'évolution politique et environnementale de notre époque, mais toujours aussi doué pour les portraits de femmes combatives. Comme un joli dernier adieu à Marisa Paredes.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous avez choisi de ne pas adapter ce film en espagnol et de tourner pour la première fois en anglais, vous qui êtes « le » cinéaste de l'Espagne... Pourquoi ?
PEDRO ALMODÓVAR - Le roman se déroule à New York et les personnages parlent anglais... Mais cela dit, je ne suis pas très fidèle au roman ! La situation de départ d'un livre peut m'inspirer, mais ensuite, à partir du moment où j'écris et où je définis mes personnages, c'est le scénario qui m'emmène ailleurs. La vraie raison pour laquelle je n'ai pas adapté le roman en espagnol, alors que je l'ai fait pour Julieta, c'est à cause du sujet de l'euthanasie : en Espagne, nous avons une loi qui l'autorise alors que ce n'est pas le cas aux États-Unis. Là-bas, la personne qui aide une autre à faire cela commet un délit et peut même se retrouver en prison. Donc il fallait traiter le sujet dans un cadre américain.
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