EXCLUSIF. Léa Salamé : « Si Raphaël Glucksmann était candidat en 2027, je me mettrais en retrait »
Rémi Jacob

La journaliste Léa Salamé vendredi 20 juin, à Paris.
LTD/Cyril George pour La Tribune Dimanche
Rémi Jacob

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LTD/Cyril George pour La Tribune Dimanche
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Lorsque nous la retrouvons ce vendredi en fin d'après-midi dans un café du 9e arrondissement, à deux pas de chez elle, Léa Salamé termine tout juste une réunion. À ses côtés : le rédacteur en chef du 20 Heures de France 2 et les patrons de l'information de France Télévisions. « C'était une première rencontre pour m'expliquer la mécanique du 20 Heures », glisse la journaliste de 45 ans, qui a accepté seulement deux jours avant de prendre la succession d'Anne-Sophie Lapix à la rentrée. Elle se confie pour la première fois sur le défi XXL qui l'attend à la rentrée.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Était-ce une décision facile à prendre ?
LÉA SALAMÉ — Non. Quitter la matinale de France Inter, c'est vertigineux. Ça m'est arrivé plusieurs fois de me réveiller en pleine nuit en me disant : « Tu es complètement folle, tu ne peux pas faire ça. » C'est la plus belle expérience professionnelle de ma vie, et Nicolas Demorand [coprésentateur du 7/10] ma plus jolie rencontre. Rompre ce « couple » qu'on forme depuis huit ans me semblait impensable. On a tissé avec les auditeurs un lien si heureux, si profond. De même avec les équipes qui ont contribué à faire de cette matinale la plus écoutée de France. Mais en même temps, je sentais au fond de moi que j'étais arrivée au bout d'un cycle et que j'avais besoin de relever de nouveaux défis. J'étais traversée par des vents contraires.
Comment se sont passées les discussions en coulisses ?
J'ai été très tentée de rejoindre BFMTV, où l'on me proposait d'animer un late show quotidien. C'est une chaîne de qualité que j'apprécie beaucoup. Le projet de Rodolphe Saadé [le propriétaire de BFMTV et également de La Tribune Dimanche] est extrêmement ambitieux et j'aime son énergie. Avec France Télévisions et Stéphane Sitbon-Gomez [le directeur des programmes], on a beaucoup discuté depuis quelques mois et évoqué plusieurs projets. Et ce n'est qu'à la fin que le JT s'est imposé comme une évidence. Il y a encore une semaine, je n'imaginais pas présenter le 20 Heures !
D'ailleurs, en 2015, vous expliquiez sur Canal+ que ce poste ne vous faisait « absolument pas rêver » et que vous seriez même... « un mauvais choix » ! Que s'est-il passé depuis ?
Dix années ! Je n'ai jamais eu l'obsession du 20 Heures, je ne vais pas vous mentir. Mon modèle à moi, c'était Anne Sinclair et ses grandes interviews du dimanche soir. Mais ma rencontre il y a quelques jours avec Delphine Ernotte [la PDG de France Télévisions] a été décisive. Elle a eu des arguments très forts et en a appelé à ma responsabilité en cette période chaotique. Dans ce monde fracturé, marqué par les guerres et les souffrances, elle s'est dit qu'il y avait dans mon parcours de vie et de femme quelque chose qui me permettrait de raconter peut-être l'actualité différemment. Elle m'a convaincue d'y aller même si j'étais réticente au début. Elle m'a aussi donné la garantie que je pourrais continuer à présenter Quelle Époque ! C'est notre « bébé » avec le producteur Régis Lamanna-Rodat. J'aime tellement faire cette émission depuis trois ans. Vous savez, on m'en parle tous les jours dans la rue. Faire appel à moi pour le 20 Heures est un choix très audacieux. Ce n'est pas classique, n'est-ce pas ? Delphine Ernotte vient d'entamer son troisième mandat et elle a envie d'oser des choses.
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Une femme d'origine libanaise à la tête de cette « institution », c'est également un symbole fort...
Ce n'est pas pour ça que j'ai été choisie. En revanche, depuis quarante-huit heures, je reçois énormément de messages de personnes nées ailleurs qui me disent combien ça les touche. À commencer par mes parents. J'en ai discuté avec eux en début de semaine et j'ai senti à quel point ils seraient fiers si j'acceptais. Le 20 Heures, ça veut dire beaucoup pour eux. Il y a quarante ans, nous avons quitté un pays en guerre pour rejoindre la France. Enfant, dans les années 1980, on regardait tous les soirs le JT de Christine Ockrent pour suivre cette guerre et la situation des otages français au Liban. Mais c'est seulement après avoir dit oui que j'ai compris ce que représentait ce poste. Ça réveille quelque chose de puissant en moi, à qui la France a tant donné. J'aime tellement ce pays et son histoire...
Être une femme était-il un prérequis pour occuper ce poste ?
Posez la question à Delphine Ernotte. Mais je ne le pense sincèrement pas...
Avez-vous discuté avec Caroline Roux, qui a refusé le fauteuil ?
Oui, on s'est parlé. Elle aurait très bien fait le job. Elle a expliqué qu'elle voulait rester à C dans l'air, qu'elle anime d'ailleurs parfaitement. J'ai aussi échangé avec Anne-Sophie Lapix, que j'apprécie beaucoup, et qui est une intervieweuse hors pair. Elle sait que ce n'était pas mon rêve, et ma décision l'a fait sourire ! David Pujadas, avec qui j'ai présenté L'Émission politique en 2017, m'a dit : « Tu m'as scié. » Thomas Sotto, lui, m'a envoyé ce message : « Ne dis plus jamais "jamais". » [Rires.]
Le JT est un exercice d'information très convenu, à l'inverse de Quelle Époque !, beaucoup plus léger. Les deux sont-ils vraiment compatibles ?
Vous savez, combiner les deux, c'est ce que je fais depuis trois ans. Je présente tous les matins sur France Inter une matinale janséniste, très rigoureuse, avec une rédaction d'une rare exigence. Et le samedi soir, dans Quelle Époque !, on me voit me marrer aux côtés de Philippe Caverivière, Paul de Saint-Sernin et Charlotte Dhenaux. J'ai plusieurs facettes. Bien sûr que le 20 Heures est plus formaté qu'un talk-show ou une interview. Mon objectif n'est pas de heurter les téléspectateurs. Ce n'est pas un lieu de spectacle ni le show d'un présentateur. Je serai au service des 200 journalistes de France Télés et mettrai en valeur leur travail. Mais j'entends garder ma liberté et ne pas m'interdire de sourire de temps en temps. Ce sera un subtil équilibre à trouver entre ma personnalité et la fonction.

Dans quel état d'esprit appréhendez-vous ce nouveau défi ?
Avec beaucoup d'humilité. Je vais découvrir un aspect de mon métier que je ne connais quasiment pas. J'ai présenté des journaux au début de ma carrière sur iTélé, mais depuis une dizaine d'années j'anime des émissions et des débats. C'est très différent. Je vais écouter tous les conseils pour entrer dans ce rôle. Je vais aussi lire les enquêtes et études qualitatives qui ont été réalisées. J'ai envie de développer l'international, sans être non plus anxiogène. Mais je ne viens pas avec mon cahier des charges. Je mettrai ma patte petit à petit.
L'écart s'est creusé ces dernières années avec le JT de TF1. Un objectif d'audience vous a-t‑il été fixé ?
On n'a pas parlé audiences avec Delphine Ernotte.
Vraiment ?
Je vous assure. Après, bien entendu, je m'intéresserai de près aux audiences, c'est une donnée importante. De la même manière que je regarde tous les dimanches matin le score de la veille de Quelle Époque ! et les résultats de France Inter à chaque vague Médiamétrie.
Vous êtes la compagne de Raphaël Glucksmann. Comment éviter tout risque de conflit d'intérêts ?
Il est député européen depuis six ans et cela ne m'a pas empêché de présenter L'Émission politique pendant cinq ans, de faire l'interview du 14-Juillet, le débat de l'entre deux-tours en 2022 ou d'avoir tous les politiques au micro le matin sur France Inter. D'Emmanuel Macron à Marine Le Pen en passant par Bruno Retailleau, Édouard Philippe ou Jean-Luc Mélenchon, je n'ai jamais senti dans leurs yeux qu'ils me prenaient pour « la femme de... ». Quand Jordan Bardella choisit Quelle Époque ! pour sa première interview lors de la sortie de son livre, il ne va pas chez « la femme d'un député européen » mais dans l'émission d'une journaliste comme une autre. Les temps ont changé et les Français, politiques compris, sont beaucoup plus féministes qu'on ne pourrait le croire.
Il y a pourtant la jurisprudence Anne Sinclair et Béatrice Schönberg, qui, elles, s'étaient retirées...
Pardon, mais je voudrais juste rappeler quelques faits. J'ai échangé cette semaine avec toutes les deux. Béatrice Schönberg a présenté le 20 Heures pendant des mois alors que son compagnon Jean-Louis Borloo était ministre. En 2007, elle ne s'est retirée que six semaines avant l'élection présidentielle, lors du lancement de la campagne officielle. Quant à Anne Sinclair, elle a continué à animer 7 sur 7 en interviewant des politiques alors que Dominique Strauss-Kahn était ministre de l'Industrie. Ce n'est que lorsqu'il a été nommé à la tête d'un « super-ministère de l'Économie » qu'elle a quitté l'émission. Mon couple n'est un secret pour personne, mais on cloisonne énormément nos activités. Et chacun a ses opinions, sa vision, ses convictions. Il n'a évidemment jamais tenu mon stylo ! Ni moi le sien, d'ailleurs.
Et si Raphaël Glucksmann venait à être candidat en 2027 ?
Il est évident que, dans ce cas-là, je me mettrais en retrait. Comme j'ai pu le faire déjà à deux reprises sur France Inter lorsqu'il était candidat aux élections européennes.
Qu'avez-vous prévu cet été pour « digérer » ce choix et recharger les batteries avant la rentrée ?
L'été dernier, avec les JO, je n'ai quasiment pas eu de vacances. Cette année, je vais en profiter pour dormir, nager, et rire avec ma famille et mes amis. Et, tiens, faire aussi du sport et perdre deux kilos si possible pour septembre !
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En vingt ans de carrière, la journaliste franco-libanaise Léa Salamé a su s'imposer comme l'une des taulières du petit écran. Retour sur un parcours sans faute.
Les journalistes « superstars » se comptent sur les doigts d'une main. Léa Salamé en fait désormais partie. Un destin qu'elle n'aurait jamais imaginé gamine, dans sa ville natale de Beyrouth. À l'âge de 5 ans, avec sa mère, son père - politologue et actuel ministre de la Culture du Liban - et sa sœur Louma, elle met le cap sur Paris. La famille fuit la guerre qui fait rage dans son pays.
À la clé, une scolarité dans les plus prestigieux établissements de la capitale : l'École alsacienne, le lycée Saint-Louis-de-Gonzague, alias « Franklin », la faculté de droit d'Assas. Puis Sciences-Po Paris, avec en bonus une année d'échange à l'université de New York. N'en jetez plus. C'est en 2004 que Léa Salamé met les pieds dans le PAF grâce à un stage à Public Sénat. « J'ai ensuite été engagée comme programmatrice, je cherchais des invités pour les émissions, raconte-t‑elle. Du jour au lendemain, le patron de la chaîne, Jean-Pierre Elkabbach, m'a balancée à l'antenne. C'est le premier à m'avoir donné ma chance. Juste après mon premier passage, voici ce qu'il m'a dit : "Rien ne va, mais vous avez un truc accrocheur dans le regard !" »
La machine est lancée et ne s'arrêtera plus. En 2006, Léa Salamé vole de ses propres ailes vers France 24 au moment de l'inauguration de la chaîne, avant de rejoindre iTélé trois ans plus tard. Mais sa rencontre avec le très grand public a lieu en 2014 lorsqu'elle devient « snipeuse » dans l'émission On n'est pas couché, présentée sur France 2 par Laurent Ruquier. Ironie du sort, elle succédera huit ans plus tard à l'animateur dans cette case légendaire du samedi soir avec son talk-show Quelle Époque !, véritable carton d'audience. Les téléspectateurs de la Deux l'ont également découverte en 2016 dans un tout autre registre, aux manettes de L'Émission politique. « Pendant la présidentielle de 2017, ils m'ont vue enceinte jusqu'au cou, sourit-elle. J'ai accouché juste avant le premier tour [d'un petit Gabriel, né de son union avec Raphaël Glucksmann]. »
Côté radio, elle quittera à la fin de la saison la matinale de France Inter, dont elle tenait la barre depuis huit saisons avec Nicolas Demorand.
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