Julie Gayet : « Olympe de Gouges m’a complètement transformée ! »
Rémi Jacob

Olympe de Gouges (Julie Gayet) qui, en 1791, a posé les jalons de l’égalité femme-homme.
LTD/Cécile MELLA - MSVP - France Télévisions
Rémi Jacob

Olympe de Gouges (Julie Gayet) qui, en 1791, a posé les jalons de l’égalité femme-homme.
LTD/Cécile MELLA - MSVP - France Télévisions
Paris, le 26 juillet dernier, près du pont Alexandre-III. Sous les yeux du monde entier, en pleine cérémonie d'ouverture des JO, une statue couverte d'or émerge avec grâce des eaux de la Seine. Elle représente Olympe de Gouges, bientôt rejointe par neuf autres femmes ayant traversé l'Histoire comme Simone Veil, Gisèle Halimi ou Simone de Beauvoir.
« J'étais tellement heureuse, glisse Julie Gayet. J'ai croisé peu de temps après Thomas Jolly [directeur artistique de la cérémonie] et je l'ai remercié chaudement car beaucoup de personnes l'ont découverte à ce moment-là. » Pas elle, et c'est un euphémisme. Car depuis cinq ans, la comédienne lit, vit et respire Olympe de Gouges. Avec en guise de point d'orgue la diffusion demain en prime time sur France 2 de sa fiction Olympe, une femme dans la Révolution.
Un biopic coréalisé avec Mathieu Buisson dans lequel elle tient le rôle-titre. Avec une ambition : éclairer le destin hors norme de cette pionnière du féminisme qui, avec sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, a posé en 1791 les jalons de l'égalité femme-homme. « Il n'y avait jamais eu de film sur elle, s'étonne Julie Gayet. Par ailleurs, il a fallu attendre 1981 pour que lui soit consacrée une première biographie, signée Olivier Blanc. Avec cette fiction, on a le sentiment de répondre à un manque. La Révolution française a longtemps été présentée comme un mouvement d'hommes pour des hommes, ce qui est une vision erronée. »

Au fil de ses lectures - notamment du livre référence Ainsi soit Olympe de Gouges, écrit par la féministe Benoîte Groult -, Julie Gayet s'est prise de passion pour ce personnage fascinant et profondément humaniste. « Elle combattait toutes les injustices et inégalités. La première pièce de théâtre qu'elle a écrite, c'était contre l'esclavage. Au départ, Robespierre et elle partageaient les mêmes valeurs. Mais la question de l'égalité femme-homme n'était pas un sujet pour lui. C'était perçu comme une révolution dans la Révolution. Alors que les femmes étaient pourtant parties prenantes, en organisant par exemple une marche sur Versailles ou en formant des clubs très actifs. »
Pour cette fiction de quatre-vingt-dix minutes, elle a choisi de se concentrer sur les dernières semaines de la vie d'Olympe de Gouges, qui fut emprisonnée en juillet 1793 après avoir placardé des affiches politiques à Paris dénonçant les violences de la Terreur. Puis condamnée par le Tribunal révolutionnaire à la guillotine trois mois et demi plus tard. « C'était important de parler de l'enfermement des femmes, de la sororité qui peut exister en prison. Il y a un parallèle avec ces femmes afghanes et iraniennes qui sont privées de liberté pour être allées au bout de leurs luttes et de leurs idées. »
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Cette plongée dans la vie d'Olympe de Gouges l'a manifestement métamorphosée. « C'est fou l'impact que peut avoir un rôle, confie-t‑elle. J'ai senti que quelque chose en moi était différent après l'avoir incarnée et autant lue. Elle m'a transmis une force que je n'avais pas auparavant. J'ai longtemps eu le syndrome de l'imposteur, avec une pudeur qui m'empêchait de faire plein de choses. Par exemple, je ne voulais pas la jouer moi-même car elle venait de Montauban. Je pensais qu'il fallait une actrice qui parle un peu l'occitan. De même, c'est la première fois que je réalise un film. Je ne me sentais jusqu'à présent pas légitime. Je me disais qu'il fallait avoir quelque chose à dire. Olympe m'a apporté une confiance que je n'avais pas, moi la gauchère dyslexique. »
Cette fiction a par ailleurs conforté son engagement féministe. Un strict respect de la parité et de l'égalité salariale sur ses tournages, par exemple : « Ici, il y avait 250 femmes sur les 460 personnes de l'équipe. » Ou encore de nombreuses actions à la Fondation des femmes, dont elle organise chaque année le gala. Pour accompagner la sortie de ce biopic, une tournée scolaire XXL a été organisée en Occitanie, là où il a été tourné. Avec à la clé plus de 10 000 collégiens et lycéens rencontrés depuis septembre.
« Je me suis rendu compte que le phénomène MeToo n'était pas si connu dans les zones rurales. On a beaucoup parlé de Donald Trump et de la montée en puissance du masculinisme aux États-Unis. Il y a eu aussi plein de moments amusants. Lorsque les garçons me demandaient ce qu'il fallait faire concrètement pour l'égalité, je prenais l'exemple de François [Hollande, son mari], qui fait la cuisine et toutes les courses, au marché et au supermarché. Je leur disais : "Chez moi, désolée, mais c'est lui qui fait tout. Moi, je ne fais rien." Les femmes à la cuisine, c'est encore un sexisme très intégré dans notre société. »
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Après Olympe de Gouges et la Révolution, Julie Gayet ambitionne pour sa prochaine fiction d'explorer un autre pan de l'Histoire : la Commune, avec ses figures féminines héroïques comme Louise Michel. « C'est durant cette période que les femmes sont remontées sur les barricades et ont ouvert la voie à de nombreuses avancées en matière d'égalité. C'est une période passionnante. »
Olympe, une femme dans la Révolution, demain à 21 h 10 sur France 2 (Fiction). Également disponible sur la plateforme France.tv.
Rémi Jacob