Plan social chez Auchan: la direction prône le reclassement des salariés dans les autres enseignes Mulliez
latribune.fr
Les syndicats d'Auchan demandent depuis plusieurs semaines que des propositions de reclassements soient faites pour les salariés dont les emplois sont menacés.
REUTERS/Eric Gaillard
Le patron d'Auchan, Guillaume Darrasse, a assuré ce mercredi à l'Assemblée nationale travailler « à proposer des solutions » de reclassement aux salariés dont l'emploi est menacé par un plan social. Ils pourraient ainsi retrouver un poste « dans toutes les autres enseignes » de la galaxie Mulliez, qui comprend aussi notamment Decathlon ou Leroy Merlin.
Les salariés d'Auchan dont l'emploi est menacé par un plan social pourraient être reclassés dans d'autres sociétés de la galaxie Mulliez. La direction s'est du moins montrée ce mercredi favorable à cette hypothèse. « Nous travaillons à proposer des solutions dans toutes les autres enseignes », même si « ce n'est pas mécanique et automatique au sens juridique du terme », a indiqué le patron du distributeur, Guillaume Darrasse, interrogé sur le sujet devant la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale. Il a aussi assuré que « des solutions digitales internes » permettent aux salariés d'accéder à « tous les postes disponibles dans ces enseignes ».
Le dirigeant a toutefois rappelé que l'association familiale Mulliez (AMF), qui contrôle Auchan mais aussi Decathlon, Leroy Merlin, Kiabi, Flunch, Boulanger ou encore Norauto, « n'estpas un groupe au sens juridique du terme ». C'est en effet une « une galaxie d'entreprises ayant en commun d'être contrôlées par les membres de l'association familiale Mulliez (AFM) », comme l'explique sur son site Bertrand Gobin, auteur du livre La face cachée de l'empire Mulliez. Or, ce modèle ne rend pas obligatoire les reclassements d'une enseigne à l'autre.
Une solution attendue par les syndicats
Les représentants du personnel prônent néanmoins cette alternative depuis des semaines. « Il faut se laisser toutes les chances pour que les salariés retrouvent un emploi, il faut que le groupe Mulliez se considère comme tel, même s'il a du mal à le faire », avait lancé début novembre Sylvain Macé, secrétaire national chargé de la grande distribution à la CFDT services.
Certains syndicalistes ont d'ailleurs manifesté ce mercredi matin devant l'Assemblée nationale, à l'invitation de la CGT. Dans un communiqué, cette organisation a dénoncé « le comportement du groupe français qui s'est empoché des sommes astronomiques d'aides de l'État en tout genre et qui se permet, sans scrupule, de licencier à tour de bras sans considération pour celles et ceux qui ont fait sa richesse ».
À noter que la grande distribution n'était pas le seul secteur représenté lors de cette manifestation de ce mercredi. Des représentants de salariés des secteurs de la chimie et de l'automobile étaient aussi présents. Tous ont interpellé le gouvernement sur la « casse » de l'emploi industriel en France. De nombreux plans sociaux ont en effet été annoncés ces derniers mois, notamment chez Michelin, Arkema ou encore Vencorex.
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Celui d'Auchan fait aussi partie de la liste. L'entreprise l'a annoncé début novembre dernier. 2.389 emplois sont menacés en France ainsi que des fermetures de sites. Objectif : réduire les coûts de fonctionnement pour sortir la tête de l'eau. Car l'entreprise, pourtant plutôt considérée comme un des bons élèves de la grande distribution alimentaire en matière de droits des salariés, connaît depuis plusieurs années une « situation économique difficile », a admis Guillaume Darrasse ce mercredi.
Après une perte nette de 379 millions d'euros en 2023, la holding Elo - maison mère d'Auchan - a encore perdu un milliard d'euros sur les six premiers mois de l'année dernière. Et sur les dix dernières années, le chiffre d'affaires d'Auchan n'a augmenté qu'en 2022, en raison de l'effet mécanique de l'inflation, avant de rebaisser en 2023.
Pour tenter de rassurer, Guillaume Darrasse a affirmé ce mercredi que, lors de la mise en œuvre d'un précédent plan social portant sur un peu moins de 1.600 postes, « l'ensemble des dispositifs que le groupe a mis en place à l'époque a permis de limiter à uniquement 83 licenciements finaux au bout du PSE (plan de sauvegarde de l'emploi, NDLR) ». Celui annoncé à l'automne est pour sa part toujours en cours de négociation.
Pendant ce temps, 1 milliard de dividendes chez Decathlon
Dans le même temps, d'autres enseignes de la galaxie Mulliez sont en bien meilleure santé financière. À l'image de Decathlon, qui a récemment versé un milliard d'euros de dividendes à la famille Mulliez. Ce qui avait scandalisé plusieurs organisations syndicales au sein des différentes enseignes de l'empire.
Cette somme correspond à des « résultats cumulés de l'entreprise qui n'ont pas été distribués par le passé au travers de dividendes », avait alors justifié le président de Decathlon, Fabien Derville, dans un entretien paru dans La Voix du Nord.
Le dirigeant avait également assuré que « ce n'est évidemment pas de l'argent qui va dans la poche des actionnaires ». Il n'avait toutefois pas voulu détailler l'usage prévu des fonds. Il avait seulement indiqué une « vocation entrepreneuriale » : « nouveaux métiers, accélération de nos entreprises cœur et le cas échéant support à la transformation ». Fabien Derville avait néanmoins reconnu que le moment de l'annonce, un mois après celle du plan social chez Auchan, n'avait pas été « idéal au niveau médiatique ».