Le ministère des Armées a beaucoup poussé pour que l'industrie d'armement produise plus et plus vite. Quel constat faites-vous aujourd'hui ?
La Direction générale de l'armement (DGA) est sincère dans la nécessité d'adapter l'outil de production de l'industrie d'armement pour aller vers ce concept d'économie de guerre exigé par Emmanuel Macron. Une certaine partie de l'écosystème s'est déjà adaptée à cet objectif : des entreprises ont modifié leur processus de production, ont parfois embauché et sont prêtes à démarrer. Mais aujourd'hui, il n'y a pas eu en 2025 de commandes de la part du ministère des Armées. Ce qui pose un problème aux entreprises qui doivent faire tourner leur outil de production sinon elles risquent de disparaître. Nous avons aujourd'hui des inquiétudes importantes : des entreprises mangent leur trésorerie et leurs fonds propres pour survivre le temps que les commandes soient enfin débloquées par l'État. Il est donc urgentissime qu'elles arrivent. C'est pour cela que nous souhaiterions auditionner dans les prochaines semaines le ministre des Armées, le Délégué général pour l'armement et pourquoi pas le ministre de l'Économie.
Un récent rapport sénatorial était très anxiogène sur le budget 2025...
... Au moment du vote du budget, le Sénat avait déjà dénoncé le montant de 8 milliards d'euros de reports de charges, qui ont déjà consommé une partie des crédits de 2025. Et quand on ajoute à ce montant, les crédits budgétaires nécessaires pour maintenir à haut niveau la dissuasion en termes de commandes, le ministère des Armées a déjà consommé en grande partie les crédits de 2025. Le ministère doit donc dégager des marges de manœuvre. Il faut aussi se rappeler que nous avions prévu lors de l'examen de la Loi de programmation militaire (LPM) qu'au vu des besoins des armées, le montant des crédits de la LPM devait atteindre 420/430 milliards d'euros. Mais le gouvernement, et notamment Bercy, a voulu imposer 380 milliards. Ils ont coupé la poire en deux en programmant 400 milliards d'euros de crédits plus 13 milliards de recettes extrabudgétaires. Sur ces 13 milliards, on sait très bien que les deux tiers sont très incertains. Il manque au moins 20 milliards d'euros dans la LPM 2024-2030.