Pourquoi la Bulgarie a attendu 18 ans pour pouvoir entrer dans la zone euro

Avec l’intégration prochaine de la Bulgarie, la zone euro comptera quelque 356 millions d’habitants. (Photo d'illustration.)
Stoyan Nenov

Avec l’intégration prochaine de la Bulgarie, la zone euro comptera quelque 356 millions d’habitants. (Photo d'illustration.)
Stoyan Nenov
[Article publié le mardi 8 juillet 2025 à 12 h 18, mis à jour à 15 h 55]
La Bulgarie va dire au revoir au lev, sa monnaie nationale, et bonjour à l'euro. À partir du 1er janvier 2026, ce pays d'Europe orientale adoptera officiellement la monnaie unique. Les ministres des Finances de l'Union européenne lui ont donné leur feu vert lors d'un vote ce mardi en début d'après-midi. Il deviendra ainsi le 21e membre de la zone euro, trois ans après l'entrée de la Croatie.
Avant ce vote, la Commission européenne a conclu début juin que la Bulgarie « remplit les conditions » pour adopter l'euro, laissant entrevoir la fin du processus d'adhésion. Pour cela, « les États membres doivent remplir les critères définis dans le traité de Maastricht de 1992, communément appelés "critères de Maastricht" », précise le Conseil européen sur son site Internet. Ces critères économiques incluent la stabilité des prix, des finances publiques saines, une stabilité de la devise nationale, et des taux d'intérêts qui ne divergent pas trop des autres pays de l'UE.
La Bulgarie coche toutes les cases. « La législation bulgare est compatible avec les exigences du Traité et des statuts du Système européen de banques centrales et de la BCE », estime Bruxelles dans son rapport de convergence 2025. Concernant la stabilité des prix, le taux d'inflation moyen s'est établi à 2,7 % sur les douze mois précédant avril 2025, inférieur à la valeur de référence de 2,8 %. « L'examen d'un large éventail d'indicateurs ne révèle aucune source d'inquiétude quant à la durabilité de la stabilité des prix », est-il indiqué.
La Bulgarie remplit également le critère relatif aux finances publiques car « elle n'est pas soumise à une décision du Conseil constatant l'existence d'un déficit excessif ». Du côté de la convergence des taux d'intérêt, le taux d'intérêt moyen à long terme sur les 12 mois précédant avril 2025 s'est établi à 3,9 %, inférieur là encore à la valeur de référence de 5,1 %. « La Commission a également examiné d'autres facteurs, notamment l'évolution de la balance des paiements, l'intégration des marchés et l'environnement institutionnel », peut-on lire. Et tous se sont révélés conformes aux exigences des institutions européennes.
Tous les États membres de l'Union européenne sont juridiquement tenus d'adhérer à la zone euro, rappelle d'ailleurs Bruxelles. Seule une exception a été accordée au Danemark, qui a négocié une clause de non-participation dans le traité de Maastricht après un référendum ayant rejeté l'euro en 2000. Il peut néanmoins changer d'avis et déposer une demande d'adhésion à tout moment.
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La Commission européenne est toutefois assez flexible quant aux délais. « Il appartient à chaque pays de définir son propre cheminement vers l'euro, et aucun calendrier n'est imposé », souligne l'institution européenne. La Bulgarie, qui appartient au bloc des Vingt-Sept depuis 2007, aurait souhaité passer à l'euro plus tôt. Mais le pays des Balkans en a été empêché en raison d'une inflation jusqu'alors trop élevée, sur fond de grave crise politique. Une situation qui appartient au passé.
La perspective d'abandonner la devise nationale, le lev, ne réjouit pas l'ensemble des 6,4 millions de Bulgares. Selon des sondages récents, près de la moitié des personnes interrogées s'affichent contre l'entrée du pays dans la zone euro. Des opposants se sont d'ailleurs réunis à plusieurs reprises ces dernières semaines lors de manifestations notamment dans la capitale, Sofia, pour exprimer leur point de vue.
Pour Boriana Dimitrova, directrice de l'institut Alpha Research, ce désamour s'explique avant tout par « la méfiance envers les institutions », provoquée par le chaos politique de ces dernières années. Les Bulgares redoutent les conséquences sur leur quotidien de ce changement historique. « Les pauvres ont peur de devenir encore plus pauvres », résume l'experte. Les réticences sont particulièrement fortes dans les zones rurales, où certains habitants n'ont jamais voyagé à l'étranger et n'ont pas l'habitude des transactions internationales.
A contrario, les partisans de l'euro voient dans cette adhésion comme une étape importante qui renforcerait l'ancrage géopolitique occidental de la Bulgarie. Et la protégerait contre l'influence du Kremlin.
Avec l'intégration prochaine de la Bulgarie, la zone euro comptera quelque 356 millions d'habitants. Restera alors cinq membres de l'UE dans l'antichambre de la monnaie unique : la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Suède.
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Aucun n'est pour le moment prêt à passer le cap, selon le dernier rapport analysant l'avancée de leurs dossiers, établi à l'été 2024 par Bruxelles. « À la lumière de son évaluation de la compatibilité juridique et du respect des critères de convergence, et compte tenu des autres facteurs pertinents, la Commission considère [qu'ils] ne remplissent pas les conditions d'adoption de l'euro », a-t-elle écrit dans cet avis qu'elle rend tous les deux ans - voire moins si un pays le demande. Affaire à suivre.
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