Hommage à Robert Badinter : « Sa foi en l’humanité me donne du courage, aujourd’hui plus que jamais » (Richard Malka, avocat)
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Robert Badinter, en avril 2018, à Paris.
JOEL SAGET/AFP
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Robert Badinter, en avril 2018, à Paris.
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J'ai retrouvé la photo. C'était en 2014, très exactement le 6 novembre. Le soleil du Maroc le gênait et il m'avait emprunté ma casquette des New York Yankees. Robert Badinter portait ma casquette, à 86 ans, et nous avions des jours, devant nous, pour parler. Enfin, c'est surtout lui qui parlait. Moi je l'écoutais, je l'interrogeais, je m'en nourrissais. Je n'aurais pas échangé ce moment contre 1 000 médailles. C'est rare de prêter son couvre-chef à un héros de son Olympe. J'étais si fier.
Il parlait de l'abolition, mais ce combat était gagné et il n'était pas de ces hommes qui se reposent sur des lauriers. Il poursuivait son combat pour les suppliciés de Chine, d'Iran ou d'Amérique. Pour cet homme des Lumières, il y aurait toujours des recoins d'obscurité à affronter : la condition carcérale, le fanatisme, le droit des victimes, l'éternel combat pour les libertés toujours menacées sous de bons prétextes sécuritaires ou protecteurs. Pour moi, il était un berger destiné à guider les âmes humaines vers la raison, la tempérance, le savoir, le progrès de l'esprit, la liberté, si inconfortable soit-elle.
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Cette destinée n'était pas forcément son souhait mais c'était ainsi. On avait décidé pour lui. Les centaines de générations qui l'avaient précédé avaient constitué les fils d'une histoire qui, un millénaire après l'autre, avait dû se muer en brins d'ADN de berger. La preuve ? Il avait commencé brillant avocat du cinéma, civiliste, créant le plus fameux des cabinets d'avocats d'affaires, mais sa mission l'a rattrapé.
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