Les droits de douane annoncés début avril par le président américain avaient été reportés une première fois de 90 jours, jusqu’à début juillet, avant un nouveau report jusqu’au 1er août.
Dado Ruvic
Après le Royaume-Uni, le Vietnam ou encore le Japon mardi dernier, l’Union européenne a conclu dimanche un accord sur les droits de douane avec les États-Unis. La Tribune fait le point sur les pays qui limitent le choc commercial.
Quelle est la différence entre un bon et un mauvais accord ? Après le Japon et les Philippines mardi dernier, l'Union européenne a conclu dimanche un accord commercial avec Washington, et ses produits exportés aux États-Unis seront taxés à hauteur de 15 % - deux fois moins que la menace brandie par Donald Trump au départ.
Les taxes prévues par ces accords restent souvent nettement supérieures au niveau plancher de 10 % appliqué depuis avril par les États-Unis à la plupart des pays. Pour rappel, les droits de douane annoncés début avril par le président américain avaient été reportés une première fois de 90 jours, jusqu'à début juillet, avant un nouveau report jusqu'au 1er août. Cette fois, Donald Trump a assuré qu'aucun autre report ne serait accordé et que les surtaxes entreront en vigueur.
Parmi les accords déjà signés à date, La Tribune fait le point sur les pays qui s'en sortent le mieux, et ceux qui ont dû faire le plus de concessions. Reste à savoir ce qu'il adviendra après l'ultimatum de vendredi 1er août pour d'autres partenaires, tels le Canada, le Mexique, Taïwan et ses semi-conducteurs, la Corée du Sud, le Brésil, la Thaïlande... et bien sûr la Chine avec laquelle les discussions se poursuivent.
C'est le premier et sans doute le plus clément des accords annoncés depuis le début de la guerre commerciale de Donald Trump. Le 8 mai, Londres et Washington ont conclu un accord prévoyant la réduction de 27,5 % à 10 % des droits de douane sur les voitures (dans la limite de 100 000 véhicules par an) ainsi qu'une exemption pour le secteur aérospatial, comme les moteurs d'avion du Britannique Rolls Royce. Londres négocie toujours des exemptions pour l'acier et l'aluminium, contre 25 % actuellement.
En contrepartie, le Royaume-Uni a accepté d'ouvrir davantage son marché à l'éthanol ou au bœuf américain. Le reste des produits britanniques restent davantage taxés à leur entrée aux États-Unis qu'avant le retour du milliardaire à la Maison-Blanche. Ils sont frappés, comme le reste du monde, par la taxe plancher de 10 % annoncée le 2 avril sur la plupart des marchandises importées. Le ministre américain du Commerce, Howard Lutnick, avait d'ailleurs précisé que cette surtaxe de 10 % était le meilleur scénario possible pour les partenaires commerciaux des États-Unis.
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Le Vietnam
Au vu de la menace initialement évoquée - la plus élevée des droits de douane dits « réciproques » annoncés début avril -, le Vietnam également s'en sort bien. Les États-Unis ont accepté d'abandonner leur projet de surtaxer à 46 % les produits made in Vietnam, taux prohibitif qu'ils justifiaient par le déficit commercial de 123 milliards de dollars en 2024 - le troisième plus important après la Chine et le Mexique.
Les importations en provenance du Vietnam ne seront finalement frappées que d'une surtaxe de 20 %, taux cependant doublé à 40 % pour les produits conçus ailleurs qui ne font que transiter par le pays, par des méthodes dites de transbordement. Mais aucun détail n'a été donné sur ce qui définirait de tels produits (proportion de composants étrangers, par exemple), attisant les spéculations. L'accord prévoit une taxation nulle pour les produits américains exportés vers le Vietnam.
Les pays qui s'en sortent moins bien
Union européenne
L'accord avec l'Union européenne est plus discuté. Scellé dimanche en Écosse, il prévoit une taxe de 15 % sur les produits européens exportés aux États-Unis. C'est plus que les droits de douane en vigueur avant l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.
L'accord prévoit également des achats d'hydrocarbures américains (gaz naturel, combustibles nucléaires et pétrole) d'une valeur de 750 milliards de dollars sur trois ans, soit 250 milliards par an. Il comporte aussi de nouveaux investissements européens aux États-Unis pour un montant de 600 milliards de dollars.
En contrepartie, la présidente de la Commission européenne a affirmé qu'il n'y aurait plus aucun droit de douane sur des « secteurs stratégiques » comme l'aéronautique, « certains produits chimiques, certains produits agricoles » ou encore « certaines matières premières stratégiques ». La liste de ces produits n'a toutefois pas été détaillée. Les Européens voulaient également y inclure les alcools et le vin, mais faute d'accord définitif, une décision a été renvoyée à de nouvelles discussions.
Loin de la menace de 32 % un temps évoquée, l'accord-cadre entre les États-Unis et l'Indonésie prévoit tout de même des droits de douane de 19 % sur les produits indonésiens. D'après Washington, Jakarta a accepté en échange de dispenser la quasi-totalité des produits américains de droits de douane et de reconnaître les normes américaines pour certains d'entre eux (automobile, produits pharmaceutiques...)
L'Indonésie devrait également reculer sur la mise en place d'une taxation de l'économie numérique, prévue jusqu'ici, et s'est engagée à lever les restrictions existantes concernant les exportations des minerais critiques.
L'archipel avait fait un premier pas le 8 juillet, en s'engageant à importer plus de produits agricoles et de pétrole américains. Selon des chiffres officiels américains, les États-Unis ont enregistré en 2024 un déficit commercial de 17,9 milliards de dollars (16,2 milliards d'euros) avec l'Indonésie, en hausse de 5,4 % par rapport à 2023.
Japon
Le Japon a réalisé d'importantes concessions pour des droits de douane qui restent élevés. Selon l'accord annoncé mardi dernier par Donald Trump, les produits japonais importés aux États-Unis seront surtaxés à 15 %, bien en deçà de la surtaxe de 25 % dont l'archipel était menacé. Tokyo a en particulier obtenu des droits de douane totaux de 15 % pour son crucial secteur automobile, qui représentait l'an dernier presque 30 % des exportations du Japon vers les États-Unis et est actuellement soumis à une surtaxe de 25 %. Par ailleurs, les surtaxes de 50 % sur les exportations japonaises d'acier et d'aluminium continuent de s'appliquer.
L'accord a comme contrepartie des investissements japonais à hauteur de « 550 milliards de dollars » sur le sol américain, et « 90 % des bénéfices générés resteront aux États-Unis », selon un mémo diffusé par la Maison-Blanche. Le Japon achètera également pour 8 milliards de dollars de produits américains (maïs, soja, engrais, bioéthanol...), ajoute ce document sans livrer de calendrier. Et les deux pays « étudient un nouvel accord d'achat de gaz naturel liquéfié (GNL) d'Alaska », souligne-t-il.
Tokyo s'est engagé à acheter des avions américains, « notamment 100 Boeing », à muscler ses achats à l'industrie de défense américaine, et « à lever des restrictions de longue date » qui entraveraient selon Washington l'accès des automobiles américaines au marché japonais, indique ce mémo. La Maison-Blanche assure que l'archipel « augmentera immédiatement de 75 % ses importations de riz américain ».
Selon un accord également annoncé mardi dernier, les Philippines ont obtenu une petite réduction des droits de douane qui s'appliqueront sur leurs produits à l'entrée aux États-Unis. Ils ont été fixés à 19 %, contre 20 % annoncés début juillet.