Au cœur de l'Arizona, la montagne est rouge. Au sens propre, puisque sa chair est faite de minéraux ferreux, mais aussi au sens figuré. « Les gens d'ici sont républicains à 80% », se réjouit Julie Andrews. Il y a dix ans, cette forte femme à la poigne de fer a quitté la Californie voisine, remontée à bloc contre « le virage libéral de l'État et les mensonges des journaux ». Elle est bien plus heureuse depuis qu'elle habite Prescott, petit bourg ponctué de pins et de statues de cow-boys en bronze, à deux heures au nord de Phoenix. « On est pro-Trump, pro-Musk et pro-liberté », plaque d'emblée la mère de famille.
Le comté de Yavapai est un fief ultra-conservateur. Le candidat populiste y a moissonné 64% des votes à la dernière présidentielle, et ses partisans se rassemblent toutes les semaines dans le centre-ville de Prescott, son siège [chef-lieu], pour les fameux « Trump Tuesdays », de bruyantes manifestations censées faire rayonner l'idéologie ambiante. Depuis 2016, leur héros vient se faire célébrer à chacune de ses campagnes dans la ville sœur de Prescott Valley. Lors de son dernier meeting ici, le 13 octobre, le National Border Patrol Council, poids lourd des syndicats policiers, lui a apporté son soutien. « Il existe une séparation culturelle immense entre le comté de Maricopa [l'aire urbaine de Phoenix, où se jouera l'élection en Arizona] et le reste de l'État », explique le stratège républicain Chuck Coughlin, fondateur du cabinet High-Ground. Si le « Grand Canyon State » fait figure d'État pivot, ce n'est pas à Prescott que se décidera l'avenir de l'Amérique.