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ÉconomieInternational

Guerre commerciale, urgence climatique : le CEPII sonne l'alarme

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 13 septembre 2019 à 09:55 - Mis à jour le 04 octobre 2019 à 15:19

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Crédits : Bernhard Fuchs/Wikimédia Commons/CC

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Affrontement commercial entre les Etats-Unis et la Chine, Brexit, vulnérabilités financières, ralentissement plus fort que prévu de la croissance, dérèglement climatique...Les économistes du CEPII brossent le portrait d'une économie mondiale sous pression dans leur dernier ouvrage paru cette semaine.

Ralentissement du commerce mondial, menaces du réchauffement climatique, coup de frein de l'activité dans les grandes économies... Dans leur dernier ouvrage intitulé "L'économie mondiale en 2020,  publié ce mercredi 11 septembre, les économistes du centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) dressent un tableau sombre de la planète économique et financière. Dix ans après le séisme de 2008, les fragilités financières persistent et peuvent s'aggraver dans certains cas. La multiplication de bulles à la fin de l'année 2018 ont provoqué des inquiétudes outre-Atlantique. Les leçons de la plus grande récession depuis 1929 n'ont pas permis aux grandes puissances d'établir un modèle économique soutenable malgré les dérèglements climatiques et financiers toujours plus visibles.

"Le bilan de santé n'est pas très encourageant. L'économie mondiale manque de tonus. Les principaux moteurs de l'économie mondiale sont en panne. Aujourd'hui, les mauvaises nouvelles s'accumulent. Aux Etats-Unis, on note une dégradation des anticipations pour un futur proche. En zone euro, il y a également une dégradation des indicateurs. Le Brexit est source de tensions pour les perspectives en Europe. Entre la Chine et les Etats-Unis, les tensions perdurent. L'incertitude est là pour durer au delà de l'administration Trump", a déclaré, le directeur du CEPII, Sébastien Jean lors d'une présentation des perspectives pour 2020.

Et dans son introduction, il cite l'intellectuel italien Antonio Gramsci qui décrivait la situation de l'entre deux-guerres. "Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître [...] dans ce clair-obscur surgissent les monstres".

La crise du commerce international

Le document des chercheurs met l'accent sur la crise du commerce international. "En une décennie, les recommandations d'ouverture convenues ont fait place à la revendication du protectionnisme comme argument électoral [...] Ce renversement saisissant illustre l'ampleur du chamboulement du contexte institutionnel et politique du commerce international", notent les auteurs. "Depuis la crise de 2007-2009, le commerce a sérieusement changé de rythme par rapport aux années 90. Il suit le rythme de l'activité mondiale. Le commerce mondial en volume est au même niveau que début 2018", a poursuivi l'économiste.

La politique commerciale de Donald Trump a rebattu les cartes du commerce mondial en tournant le dos au multilatéralisme. Sa remise en question des instances de régulation des échanges comme l'organisation mondiale du commerce (OMC) et son usage incontrôlé des réseaux sociaux ont fait trembler les adeptes de la coopération et de la diplomatie traditionnelle. "Ce n'est pas juste les droits de douanes de Trump. C'est plus ancien", tient à préciser le responsable du centre de recherches. "La situation actuelle reflète un changement profond des relations économiques internationales qui ne sont pas suivies d'un changement institutionnel des relations internationales. Les institutions sont périmées. Nous n'arrivons pas à définir ce nouveau cadre. C'est un contexte propice aux crises de tout ordre", ajoute-t-il.

L'urgence climatique : les coûts de la non-action

Outre les relations commerciales, l'urgence climatique a occupé une bonne partie des débats dans le contexte d'une montée en puissance des contestations et de mobilisation dans l'opinion publique. Dominique Bureau, délégué général du conseil économique pour le développement durable, est venu exposé les conséquences économiques et sociales d'une absence d'action des Etats en matière de lutte contre le réchauffement climatique. "Aujourd'hui, il y a un consensus chez les économistes américains et européens pour expliquer que le changement climatique est un problème grave qui appelle une action immédiate et ambitieuse [...] Si l'on ne fait rien, il faut s'attendre à une élévation du niveau des mers avec des conséquences économiques sur toutes les zones côtières, des menaces sur les gains de productivité avec la multiplication des vagues de chaleur". Pour le spécialiste des questions climatiques, "le risque climatique est un problème de dépendance du passé avec les énergies fossiles. En dépit d'avancées positives, l'accord de Paris est décevant. Le dilemme entre le développement économique et l'enjeu climatique perdure". Face à l'augmentation des émissions de CO2, l'expert prône la mise en place d'une taxe carbone et un marché de quotas d'émissions.

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"Plusieurs économistes s'accordent pour une taxe sur le carbone. Beaucoup d'entreprises ne prennent pas en compte le coût de la non action dans leur modèle économique. Il y a un fort consensus sur la nécessité d'un prix du carbone. Les travaux de l'OCDE montrent souvent que les tarifs sont insuffisants et beaucoup d'émissions ne sont pas prises en compte. Il faut davantage prendre en compte les effets redistributifs dans la mise en place de cette fiscalité".

De son côté, la cheffe du bureau climat, au ministère de l'Europe et des affaires étrangères, Alice Plane a indiqué que "la France a conscience que les Etats ne font pas assez d'efforts. Les transports aériens et maritimes ne sont pas pris en compte dans l'accord de Paris [...] On peut décorréler la croissance économique des émissions".

> Lire aussi : Le réchauffement climatique menace des millions d'emplois

Normalisation de la politique monétaire : l'impossible retour

Alors que le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a annoncé la relance ce jeudi 12 septembre du programme de rachats d'obligations à raison de 20 milliards d'euros par mois et d'un nouvel assouplissement, de plus en plus d'économistes et banquiers centraux s'interrogent sur le rôle de la politique monétaire. Isabelle Job, directrice des études économiques au groupe Crédit agricole, a expliqué que les "banques centrales ont développé une aversion aux cycles. L'économie européenne ralentit en raison de la guerre commerciale, des incertitudes... que peut-elle faire ? La question de l'efficacité des politiques monétaires doit être posée, il y a encore des mesures d'assouplissement mais cela n'a pas d'effet vraiment efficace sur l'économie. Est ce que les banques centrales ont encore un pouvoir sur l'inflation ? Cela fait 10 ans que l'Europe n'arrive pas à parvenir à l'objectif de 2%".

La spécialiste s'interroge : "est-ce qu'il ne faut pas rééquilibrer le mandat des banques centrales pour assurer plus de stabilité financière ? Les politiques monétaires accommodantes sont du pain béni pour les marchés. Cela pousse aux risques. Les marchés restent suspendues aux décisions des banques centrales. La dépendance des marchés à cette perfusion monétaire? Comment les banques centrales peuvent-elles dompter la finance ?".

De son côté, l'universitaire, Jézabel Couppey Soubeyran ajoute que "les effets sur l'économie réelle sont incertains et inégalement distribués [...] Il existe des effets potentiellement dangereux au niveau financier. Les taux bas sont facteurs d'instabilité financière en l'absence de mesures d'accompagnement macroprudentielles. On continue d'en attendre trop alors que ces effets sont assez mal transmis et assez mal répartis".

À lire également

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Sur le plan financier, certains indicateurs sont dans le rouge avec des vulnérabilités prononcées. L'économiste spécialiste des questions monétaires, Michel Aglietta, a notamment évoqué "l'endettement élevé des entreprises avec un type de dette extrêmement dangereux aux Etats-Unis comme les Leverage loans |...] La question fondamentale est de restructurer le modèle financier pour réorienter l'épargne vers le financement à long terme." Pour 2020, les perspectives ne s'annoncent guère réjouissantes.

Grégoire Normand

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