Droits de douane : le cuivre dans le viseur de Donald Trump pour relancer la filière minière
Raphaël Melka

Les États-Unis vont taxer à 50 % le cuivre importé à partir du 1er août 2025.
Ivan Alvarado
Raphaël Melka

Les États-Unis vont taxer à 50 % le cuivre importé à partir du 1er août 2025.
Ivan Alvarado
Loin de n'habiller que la statue de la Liberté à New York, le cuivre est aujourd'hui présent partout. Il est présent dans les voitures, les téléphones, les lignes ferroviaires, les maisons, les tuyauteries... Partout. Et surtout, dans les technologies utiles à la transition énergétique. « Aujourd'hui, on ne fait pas de l'énergie propre avec du vent ou du soleil, mais avec des transformateurs électriques qui contiennent du cuivre et d'autres métaux ! », s'alarme Benjamin Louvet, directeur des gestions matières premières chez OFI Invest. Transformateurs, éoliennes, chargeurs, batteries ou panneaux photovoltaïques : aucun de ces objets n'échappe au métal rouge.
Et ce métal rouge n'échappe pas aux droits de douane. « J'annonce une surtaxe de 50 % sur le cuivre qui entrera en vigueur le 1er août 2025, après avoir reçu une évaluation approfondie en matière de sécurité nationale », a déclaré Trump mercredi 9 juillet.
La mesure est officiellement motivée par la sécurité nationale. « Le cuivre est le deuxième matériau le plus utilisé par le ministère de la Défense », a déclaré Donald Trump. Le 25 février, il a signé l'Executive Order 14220, ce qui a déclenché une enquête au titre de la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962, le mécanisme qui permet d'imposer des droits de douane au nom de la souveraineté nationale, largement usité depuis le « liberation day » le 2 avril.
Derrière l'argument de la défense, c'est davantage la relance de la filière cuprifère américaine qui est visée. Pourtant doté de réserves de cuivre, le pays n'est plus autosuffisant. Le temps glorieux de la mine d'Anaconda dans le Montana, est révolu depuis plusieurs décennies.
Aujourd'hui, les États-Unis ne représentent plus que 5,1 % de la production mondiale et sont dépendants des grands pays producteurs de cuivre, comme le Chili, premier producteur mondial d'où proviennent 60 % de ses importations et du raffinage étranger. Mais pas de la Chine. Même si le pays est le premier producteur mondial de cuivre raffiné, les États-Unis lui en achètent très peu (1,5 % des importations). La hausse des droits de douane à 50 % n'est donc pas une manœuvre contre la Chine,
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

La hausse des droits de douane sur le cuivre à 50 % vise à faire augmenter le prix du métal sur le territoire national et ainsi rendre sa production à nouveau rentable. Les industriels seraient incités à relancer l'extraction sur le sol américain, voire à investir dans de nouvelles mines. Mais la stratégie comporte de nombreuses failles. Lancer un projet minier prend en moyenne dix-sept ans dans le monde et vingt-neuf ans aux États-Unis selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), entre les autorisations administratives et les travaux. « Dans la mesure où on ne sait pas si les droits de douane vont être appliqués et durer dans le temps, est-ce que les producteurs miniers vont prendre le risque de lancer ces projets ? », s'interroge Benjamin Louvet.
Depuis l'annonce de la taxe mercredi, le marché a réagi. La livre de cuivre (environ 0,45 kilo) s'est appréciée de 8 % pour s'établir à 5,60 dollars. Et la pénurie guette. Aujourd'hui, il existe environ 250 mines de cuivre dans le monde. Pour répondre à la demande croissante, l'AIE estime qu'il en faudrait 80 de plus. Mais très peu sont en cours de développement. La croissance annuelle de la demande, autour de 3 %, dépasse largement celle de l'offre, nulle.
Sans compter que depuis le début de l'année, les industriels américains ont anticipé une hausse des droits de douane (et donc une hausse de son prix) et ont acheté par précaution 810 000 tonnes du métal rouge, autant que leur consommation annuelle : les stocks américains sont pleins, tandis que les stocks des autres pays sont vides. Les raffineries chinoises ont du mal à trouver de la matière première à raffiner, si bien que les marges dans le secteur sont négatives.
À lire également
Ce sera d'ailleurs aussi le problème de Donald Trump. Même si le plan du président américain fonctionne et que les États-Unis se remettent à produire du minerai de cuivre, il restera encore la question de la réindustrialisation du raffinage, pratiquement abandonné dans le pays. Les marges du secteur sont très faibles et il demande beaucoup de capitaux au départ. Benjamin Louvet estime qu'il « faudra de lourdes incitations fiscales pour développer ce secteur ». Mais relancer les mines de cuivre américaines pour déléguer le raffinage du minerai à la Chine ne fait sans doute pas partie des intentions de Donald Trump.
Raphaël Melka
« Le macronisme est l’échec le plus fulgurant depuis l’après-guerre » : le bilan coup de gueule de François Hommeril, patron du syndicat des cadres (CFE-CGC)
Retraites : comment les candidats à la présidentielle veulent contourner l’obstacle de l'âge légal
Comment la famille Trump a bâti un empire crypto sans risque… et refilé les pertes aux investisseurs
A Nice, les PME fragilisées par le retard des indemnisations post-UNOC