Chine : le rythme de la croissance s'est grippé en 2024
latribune.fr
Si la consommation reste atone, les exportations offrent une note positive : en 2024, elles ont atteint un record de 3 400 milliards d'euros, soit une hausse de 7,1% sur un an.
Jason Lee
Pékin a enregistré une croissance de 5% en 2024, son rythme le plus faible depuis trois décennies hors Covid. Ce ralentissement résulte d'une consommation en berne, d'une crise immobilière persistante et des tensions commerciales ravivées par l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.
De nombreux pays occidentaux en rêveraient. En 2024, la Chine a atteint une croissance économique de 5%, conforme à l'objectif fixé par Pékin. Mais pour la deuxième économie mondiale, ce chiffre marque une alerte : hors période de Covid, il s'agit du rythme de croissance le plus faible depuis trois décennies. Une performance plombée par l'essoufflement de la consommation, une crise immobilière tenace et une montée des tensions commerciales.
En 2024, le produit intérieur brut (PIB) chinois a atteint 134 908 milliards de yuans (environ 17 867 milliards d'euros), selon le Bureau national des statistiques (BNS). Si ce chiffre correspond aux attentes de nombreux analystes, il demeure sujet à caution. « Les chiffres officiels sont souvent ajustés stratégiquement pour répondre à des objectifs politiques », avertit François Chimits, économiste à l'Institut Mercator.
Une consommation en berne et un secteur immobilier fragilisé
La Chine peine à retrouver son dynamisme économique, affaiblie par une consommation intérieure stagnante. Les ventes de détail, autrefois moteur de croissance, n'ont augmenté que de 3,5% en 2024, contre plus de 7% l'année précédente. Ce ralentissement révèle une crise de confiance des ménages, qui préfèrent reporter leurs achats face à un marché du travail incertain et un taux de chômage excédant les 5%. Parallèlement, la crise immobilière continue de peser lourdement sur les finances locales et le moral des consommateurs. Malgré des initiatives gouvernementales, le secteur peine à se redresser, freiné par une dette élevée et une demande déclinante.
Si la consommation reste atone, les exportations offrent une note positive : en 2024, elles ont atteint un record de 3 400 milliards d'euros, soit une hausse de 7,1% sur un an. Cette performance a permis une légère accélération de la production industrielle, qui progresse de 5,8%, contre 4,6% en 2023. Toutefois, ces chiffres masquent des inquiétudes croissantes sur l'avenir du commerce extérieur chinois. L'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, avec ses promesses de droits de douane élevés, ravive le spectre d'une guerre commerciale avec les États-Unis.
Une population vieillissante, un frein à la croissance
Face à ces vents contraires, Pékin a multiplié les mesures de soutien en 2024 : baisses de taux directeurs, subventions pour renouveler l'électroménager et relances budgétaires. Mais ces initiatives peinent à inverser la tendance. « La Chine souffre d'une crise de confiance, pas de crédit », analyse Harry Murphy Cruise de Moody's Analytics. « Les entreprises et les ménages n'ont pas suffisamment confiance dans l'économie pour emprunter, même si cela est très bon marché. » Les experts anticipent un ralentissement supplémentaire en 2025, avec une croissance prévue à 4,4%. Certains évoquent même le risque d'une croissance inférieure à 4% dès 2026.
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Par ailleurs, le déclin démographique de la Chine se poursuit. En 2024, sa population a diminué pour la troisième année consécutive, s'établissant à 1,408 milliard d'habitants. Bien que Pékin ait mis fin à la politique de l'enfant unique et autorisé jusqu'à trois enfants par foyer, le taux de natalité reste faible, freiné par le coût de la vie et l'évolution des aspirations des femmes. Selon des projections, les plus de 60 ans pourraient représenter près d'un tiers de la population d'ici 2035, accentuant les pressions sur le système économique et social chinois.