Agriculture : le FMI s'inquiète de voir les Etats sortir le chéquier pour calmer les agriculteurs

Par latribune.fr  |   |  1026  mots
Le FMI et sa directrice générale, Kristalina Georgieva, insiste depuis plusieurs mois pour que les Etats mettent fin progressivement aux aides qui avaient été mises en place durant la pandémie.
La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva assurant « comprendre » les difficultés des agriculteurs qui manifestent depuis plusieurs jours en Europe, s'est toutefois inquiétée jeudi de voir les Etats prolonger des aides au lieu de mener une « nécessaire » consolidation budgétaire. Rien qu'en France, le gouvernement a annoncé des mesures d'urgence pour quelque 400 millions d'euros au total.

La compassion n'empêche pas la fermeté. S'exprimant devant la presse, Kristalina Georgieva, patronne du FMI, a assuré « comprendre, d'un point de vue humain, que les agriculteurs font face à plus de difficultés et qu'il n'est pas facile de faire le travail qu'ils font ». Mais « si cela place les gouvernements au pied du mur et les empêche de faire ce qui est nécessaire pour renforcer les économies, il risque de venir un moment où nous pourrions le regretter ». Une déclaration qui intervient après les mesures annoncées par le gouvernement français en faveur des agriculteurs qui vont coûter près de 400 millions d'euros.

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Et ce, alors que le FMI insiste depuis plusieurs mois pour que les Etats, en particulier les plus riches, mettent fin progressivement aux aides qui avaient été mises en place pour soutenir leurs économies durant la pandémie, puis face aux chocs liés à la hausse brutale de l'inflation et aux conséquences de l'invasion russe de l'Ukraine. Kristalina Georgieva a souligné à plusieurs reprises le risque de voir les Etats affronter « les chocs qui se profilent » sans disposer de la marge budgétaire nécessaire, alors que les taux d'endettement ont fortement augmenté ces dernières années.

« J'ai discuté avec un certain nombre de responsables, en particulier ministres des Finances, qui reconnaissent la nécessité d'une consolidation budgétaire mais également qu'il est difficile de mettre fin au soutien », a dit la directrice générale du FMI. « Les gouvernements sont sous pression énorme pour investir dans la compétitivité, dans l'économie verte, dans la formation et les talents pour l'économie numérique, d'où pourra venir tout cet argent ? Le service de la dette augmente. Votre soutien public a augmenté pour de bonnes raisons et vous avez des pressions pour continuer à dépenser. »

L'institution conseille de « regarder de manière globale comment reconstruire les marges nécessaires. Pouvez-vous augmenter vos revenus ? Vous assurer de la qualité de vos dépenses ? Y a-t-il quelque chose de plus que vous pouvez faire ? »

Macron propose une série de mesures européennes

Par ailleurs, Emmanuel Macron a réclamé jeudi une série de mesures européennes en faveur des agriculteurs, qui manifestent dans une grande partie de l'UE, dont des simplifications « tangibles » de la PAC et une force sanitaire spéciale pour « éviter » la « concurrence déloyale » entre États membres.

« Il y a un combat européen à mener », « il faut une Europe plus forte et plus concrète pour protéger le revenu de nos agriculteurs » et « une réduction drastique de la paperasse et de la complexité », a lancé le président français lors d'une conférence de presse à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles. « Non l'Europe n'est pas sourde. Oui le défi est immense. Oui nous avons les moyens de le relever », a-t-il martelé alors que le principal syndicat agricole français, la FNSEA, accuse l'Union européenne de « surdité » face aux attentes et revendications des agriculteurs.

Emmanuel Macron a par ailleurs demandé à la Commission européenne d'aboutir « à des simplifications concrètes et tangibles dès la fin du mois de février » en faveur des agriculteurs. Il a demandé de la même manière à son Premier ministre Gabriel Attal la mise en œuvre de « réponses » concrètes en faveur de la simplification « au plus tard pour le salon de l'Agriculture », grand rendez-vous annuel du monde agricole à Paris dont il donnera le coup d'envoi le 24 février.

Il a aussi affirmé que les mécanismes mis en place pour freiner les importations massives de volailles, sucre et œufs ukrainiens seraient aussi étendus aux céréales, revendication clé de la filière céréalière française. Il s'est aussi félicité d'avoir fait en sorte que l'accord commercial entre l'UE et les pays latino-américains du Mercosur n'ait pas « été conclu à la va-vite comme certains menaçaient de le faire », « parce qu'on a élevé la voix, parce qu'on a montré des incohérences ».

« Le mouvement ne cesse pas, il se transforme »

Le mouvement ne cesse pas, il se transforme « tout ce qui avait été annoncé », les deux syndicats majoritaires en France, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont appelé jeudi à « suspendre » les blocages dans le pays, laissant entrevoir une sortie de crise même si la réaction d'autres organisations agricoles sera guettée de près à Paris. Signe d'espoir pour le gouvernement français, ce mot d'ordre a été suivi jeudi soir dans plusieurs départements où les autorités ont fait état de levées ou d'allègement de barrages, même si des blocages ponctuels persistent.

De plus, les quelque 150 tracteurs partis du Sud-Ouest pour faire entendre leur colère autour du marché international de produits frais de Rungis, au sud de Paris, ont, eux, rebroussé chemin face à la mobilisation des forces de l'ordre, qui leur ont barré le passage à l'aide notamment de véhicules blindés. « On n'a pas obtenu ce qu'on voulait, mais à un moment donné quand vous avez les blindés tous les jours (...) Soit on les pousse et on va à l'affrontement - et on ne va pas le faire - soit on reste tranquille et on fait demi-tour », a déclaré José Perez, coprésident de la Coordination rurale, un syndicat minoritaire, qui organisait ce convoi. « Le mouvement ne cesse pas, il se transforme », souligne la FNSEA.

La mobilisation s'est étendue jeudi au Portugal où des centaines d'agriculteurs bloquaient des axes routiers, dont deux passages à la frontière avec l'Espagne, afin de réclamer une « valorisation de leur activité ». En Grèce, 300 tracteurs et des dizaines de camions d'apiculteurs, klaxonnant et arborant des drapeaux noirs et blancs, se sont immobilisés devant le centre municipal de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, aux cris de : « Agriculteurs, ils boivent votre sang ». Face à ce mouvement, la Commission avait déjà fait des concessions en début de semaine en proposant d'accorder pour 2024 une dérogation « partielle » aux obligations de mises en jachères imposées par la PAC.