LA TRIBUNE - Entre la politique de zéro artificialisation nette (ZAN), les friches et toutes les autres activités économiques, y aura-t-il assez de place pour ouvrir des usines et réussir la réindustrialisation voulue par l'exécutif ?
DAVID LISNARD- La réponse est un peu dans votre question. Il existe en effet une contradiction majeure : pour qu'il y ait une véritable réindustrialisation, il faut du foncier en quantité, en qualité, et compétitif, c'est-à-dire fiable, à un prix d'achat raisonnable et avec une rapidité d'attribution. Sauf qu'en termes de viabilité, le lien économique ayant été coupé entre les intercommunalités et les entreprises, les élus ont peu d'incitations à privilégier le choix industriel.
C'est comme s'ils avaient la charge sans la recette, ou le coût - les écoles, les rues, toutes les externalités - sans l'avantage : le gain fiscal. En termes de rapidité, ce n'est guère mieux : hormis les grands projets médiatisés ou dits d'intérêt national, rien n'est fait pour accélérer les durées d'attribution d'un foncier purgé de tout recours. Par exemple, Tesla est parti à Berlin, non pas pour des questions d'argent, mais du fait des délais de mise à disponibilité des terrains. Les industriels européens ont en fait un adage : en Suisse, il faut sept jours pour faire sortir un projet, en Italie, sept semaines, en Allemagne, sept mois, et en France... Je vous laisse compléter.
Dans le cadre du projet de loi relatif à l'industrie verte, le gouvernement s'est engagé à réduire de moitié les délais...
Au-delà des affichages, tant que nous aurons des blocages des Directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) ou d'autres services de l'État, nous peinerons à réindustrialiser le pays. Il faut arriver à un seul et unique responsable administratif et non plus être suspendu à tous les avis. Je ne suis pas désespéré, mais quand je compare la France avec d'autres pays je vois que pour la première fois, nous sommes derrière l'Espagne en industrie manufacturière dans le PIB.