Les pertes agricoles dues aux sécheresses et aux inondations pourraient affecter différemment la sécurité alimentaire des pays. (photo d'illustration)
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Le rapport publié ce mardi par Copernicus et l'Organisation météorologique mondiale révèle un contraste climatique important entre l'est et l'ouest de l'Europe. Interrogé par La Tribune, l'expert du climat François Gemenne passe en revue les possibles impacts socio-économiques que cela implique.
Le contraste climatique a été « saisissant » entre l'est et l'ouest de l'Europe en 2024, selon le rapport publié conjointement par le service Copernicus sur le changement climatique et l'Organisation météorologique mondiale ce mardi 15 avril.
« En 2024, les habitants de différentes régions d'Europe ont connu des conditions météorologiques et climatiques très différentes, avec un contraste est-ouest marqué : des conditions sèches, ensoleillées et extrêmement chaudes à l'est et des conditions plus nuageuses, plus humides et moins chaudes à l'ouest », souligne le rapport.
Inondations généralisées, chaleur extrême et sécheresse en Europe de l'Est (Crédits : Copernicus)
« Ce contraste est-ouest était perceptible dans de nombreuses variables climatiques, telles que la température, les précipitations, l'humidité du sol, la nébulosité, la durée d'ensoleillement, le rayonnement solaire et le potentiel de production d'énergie solaire », poursuit le rapport. « Par conséquent, ce contraste se reflétait également au niveau du réseau fluvial européen, avec des débits fluviaux largement supérieurs à la moyenne en Europe occidentale et inférieurs à la moyenne en Europe orientale », indique-t-il.
Ces conditions climatiques très différentes ne sont pas sans conséquences socio-économiques entre les pays de l'est et de l'ouest en Europe. « Le fait qu'il y ait davantage d'inondations à l'ouest et de pics de canicule et de sécheresse à l'est ne place pas les entreprises dans les mêmes conditions de vulnérabilité et face aux mêmes besoins d'adaptation », soulève François Gemenne, professeur à HEC, président du conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l'homme et membre du Giec.
Anomalies de durée d’ensoleillement annuelle (%) pour l’Europe de 1983 à 2024, montrant des anomalies positives (orange) et négatives (grises). (Crédits : Copernicus)
« Il risque également d'y avoir un impact différencié sur la productivité des travailleurs. C'est un aspect économique qui est souvent ignoré pour les entreprises, alors qu'il est évidemment très important », ajoute l'expert du climat.
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Du côté des secteurs industriels, « il y a encore beaucoup d'industries lourdes à l'est, ce qui est moins le cas à l'ouest », souligne François Gemenne. Et « comme ce sont des industries qui ont de gros besoins énergétiques, elles restent très dépendantes des énergies fossiles et du gaz parce que l'électrification coûte cher », observe-t-il.
La question de l'accès à l'assurance
En matière de santé publique, les impacts sont également différents entre l'est et l'ouest, indique le co-auteur du Giec. « En cas d'inondations, il faut mettre les gens à l'abri, en cas de canicules, il faut prêter attention aux plus vulnérables », rappelle-t-il. « Dans les deux cas, cela implique des impacts en matière de mortalité et de santé publique, mais ce ne sont pas les mêmes », affirme-t-il, sans préciser lequel est le plus coûteux.
« Le changement climatique va accentuer les inégalités au sein des populations, ce qui va aussi poser la question de l'accès à l'assurance dans les années à venir », ajoute François Gemenne. « Qu'est-ce que les assureurs vont encore accepter d'assurer, notamment comme activité économique ? » s'interroge-t-il. « Axa, par exemple, n'accepte plus d'assurer les entreprises qu'à condition qu'elles aient un plan d'adaptation ». Reste donc à savoir « quelles industries et quelles entreprises restent assurables. »
Anomalies et extrêmes du débit fluvial moyen annuel en 2024. (Crédits : Copernicus)
Les pertes agricoles dues aux sécheresses et aux inondations risquent enfin d'affecter la sécurité alimentaire des pays, « d'où la nécessité pour les secteurs agricoles de s'adapter à cela et de se mettre en tête qu'ils ne pourront pas cultiver les mêmes choses aux mêmes endroits demain », déclare François Gemenne.
Parmi les principaux enseignements, le rapport révèle que « 2024 a été l'année la plus chaude pour l'Europe, avec des températures annuelles record dans près de la moitié du continent ». La température de la surface de la mer a également été « la plus élevée jamais enregistrée pour la région européenne, à 0,7 °C au-dessus de la moyenne, et pour la mer Méditerranée, à 1,2 °C au-dessus de la moyenne ».
Le rapport souligne par ailleurs que « l'Europe a connu les inondations les plus importantes depuis 2013 », touchant, avec les tempêtes, « environ 413 000 personnes en Europe, et causé la mort d'au moins 335 personnes ». Le nombre de jours de stress thermique « fort », « très fort » et « extrême » a quant à lui atteint « le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré ».
Autres chiffres : la part de la production d'électricité par les énergies renouvelables en Europe a atteint « un niveau record en 2024, à 45 % ». La superficie des terres européennes qui a connu moins de trois mois (90 jours) de jours de gel a été « la plus importante jamais enregistrée (environ 69 %, la moyenne étant de 50 %) ».
Le nombre de jours présentant au moins un « fort stress dû au froid » a lui aussi atteint « un niveau record ». Par ailleurs, toutes les régions européennes ont connu une perte de glace. D'autre part, les incendies, les incendies au Portugal ont brûlé « environ 110 000 ha (1 100 km² ) en une semaine, soit environ un quart de la superficie annuelle brûlée en Europe ». Au total, les incendies de forêt en Europe ont touché 42 000 personnes, selon le rapport.