Les semences agricoles cherchent à s’adapter au changement climatique

Chaque année, Cérience (Maine-et-Loire) réalise 30.000 croisements de semences sur des parcelles de deux mètres carrés.
Cérience

Chaque année, Cérience (Maine-et-Loire) réalise 30.000 croisements de semences sur des parcelles de deux mètres carrés.
Cérience
La France est actuellement le premier exportateur mondial de semences avec ses 370.000 hectares. Et, malgré une érosion du nombre d’agriculteurs multiplicateurs (2.000 en moins en deux ans), ce secteur reste performant. « Cette filière poursuit sa croissance dans un paysage concurrentiel, avec un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros en France et 1,3 milliard d’euros à l’export », indique à La Tribune Pierre Pagès, président de Semae, l’interprofession des semences et plants qui représente 61 fédérations et associations professionnelles.
Seulement voilà. Cette filière « premier maillon de la chaîne agricole » est de plus en plus vulnérable face à la pression climatique. « En 2050, 60 % des surfaces seront soumises à un risque climatique fort contre 27 % aujourd’hui », selon une étude réalisée par Axa-Climate en partenariat avec Semae. Ce qui oblige la profession à s’adapter au changement climatique. Sans quoi elle s’expose à de nombreux risques, qui peuvent affecter à la fois la sécurité alimentaire mais aussi la pérennité économique du secteur. Le sujet est donc pris très au sérieux au sein de l’interprofession. Parmi les quatre priorités de son plan stratégique 2027 figure la volonté d’accélérer l’adaptation climatique et agroécologique.
Pierre Pagès considère que le premier risque est la disponibilité en eau alors que les cultures sont principalement irriguées. « Il faut conforter la ressource en eau et sécuriser les moyens de production notamment pendant les périodes de restriction. » L'enjeu est aussi d’« adapter les espèces avec des variétés plus résilientes ».
Vincent Poupard, délégué régional Semae Ouest observe déjà les premiers effets. « Le réchauffement climatique contribue à l’accélération des nouvelles pathologies en facilitant la propagation de maladies. » En parallèle de l’enjeu d’une réduction des produits phytosanitaires, le défi est de taille. La filière investit donc « massivement » dans l’innovation variétale. Soit « entre 10% et 15% » de son chiffre d’affaires dans la recherche, « contre 8% dans la pharmacie », compare le président de l’interprofession.
D’après Semae, une nouvelle technique pourrait permettre de produire des semences plus résistantes, issues des « nouvelles techniques génomiques » (NTG ou New Genomic Techniques), qui recoupent les approches permettant de modifier le génome d’une plante. Mais le sujet fait débat. Car si les possibilités apportées par ces nouvelles semences sont saluées notamment par Semae, certains citoyens, par exemple, s'inquiètent des dérives liées à leur utilisation massive. Un futur cadre réglementaire, en cours de discussion au sein de l’Union européenne, pourrait permettre d’encadrer les pratiques actuelles et anticiper les évolutions technologiques.
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Le changement climatique, c’est d’ailleurs l’une des préoccupations de Cérience et de son équipe de 25 chercheurs, dans le Maine-et-Loire. La filiale semences de Terrena qui emploie 360 salariés cumule trois métiers : « la sélection des semences qui soient le mieux adaptées aux besoins des agriculteurs de demain, la multiplication d’espèces et la mise au point de bio-intrants », explique à La Tribune son dirigeant Luc Saint Bonnet. L’entreprise qui consacre 7 % de son chiffre d’affaires à la recherche et au développement apporte ses activités de sélection dans le domaine des couverts végétaux d'interculture, qui font de Cérience le leader du secteur en France et en Europe. « Suite à une utilisation intensive, les sols sont de plus en plus vides de substrats. Et le climat accentue ce phénomène. Il est donc nécessaire de les régénérer », poursuit-il.
Chaque année, Cérience réalise quelque 30.000 essais pour des semences qui soient les plus résilientes dans des conditions extrêmes, à la fois en cas de sécheresse mais aussi d’excès d’eau. « Nous avons notamment réalisé des croisements entre des fourrages andalous et bretons », illustre Luc Saint Bonnet. Cérience mise notamment sur la techno-semence, c’est-à-dire les technologies appliquées aux semences.
Pour lutter contre l’accélération des nouvelles pathologies, Cérience développe par ailleurs des produits de biocontrôle, telle une alternative aux molécules de chimie de synthèse de plus en plus interdites par la réglementation. « Par exemple, nous avons développé une solution à base de pépins de raison et de jus de crevette pour lutter contre le mildiou et l’oïdium en viticulture. » Pour répondre au défi climatique, Cérience a également développé Atrakt, une variété très précoce de colza (environ 15 jours avant un colza mi-tardif), une solution pour lutter contre les méligèthes, ces petits insectes qui constituent une véritable menace pour les cultures.
C’est également dans le Maine-et-Loire, dans la campagne angevine, que Vilmorin-Mikado met au point de nouvelles variétés de légumes à destination d’une centaine de pays. « L’innovation variétale est une des solutions face au changement climatique », souligne Dominique Amilien, le dirigeant de cette entreprise qui s’affiche comme le leader mondial des semences potagères avec un effectif de plus de 1.000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de 237 millions d’euros en 2023-2024, dont 15% sont consacrés à la recherche. Cet acteur qui appartient au groupe Limagrain a notamment développé une variété de tomates tolérante au virus du fruit rugueux brun de la tomate. Et elle vient de lancer la Zicatela, une salade iceberg d’été résistante à la fusariose, commercialisée en Espagne.