LA TRIBUNE DIMANCHE – La semaine écoulée a-t-elle acté une nouvelle étape vers la rupture avec les États-Unis ?
ALICE RUFO – Il ne faut pas avoir peur de dire que le lien transatlantique a connu une crise importante sur le Groenland. La sous-estimer, c’est ne pas vouloir la résoudre. Cette crise a eu lieu parce qu’un membre de l’Alliance, en l’espèce les États-Unis, a indiqué vouloir acquérir par la coercition un territoire de l’Otan qui relève de la souveraineté du Groenland et du Danemark. Évidemment, c’est inacceptable.
Certains ont pu dire que c’est la réaction française qui a provoqué cette crise…
C’est une inversion totale de la réalité. Cette crise est née de cette volonté d’annexion puis de l’annonce par le président américain de la hausse des droits de douane. Face à cette brutalité, nous avons répondu par la force du droit en évoquant nos instruments anti-coercitifs, en faisant le choix de respecter nos principes. Cela a aidé à dénouer cette crise.
Ce ne sont pas les promesses du secrétaire général de l’Otan qui ont fait baisser la tension ?
La discussion avec Mark Rutte n’aurait peut-être pas été aussi fructueuse et conclusive s’il n’y avait pas eu une réaction claire des Européens et la demande danoise qu’un exercice au Groenland ait lieu dans le cadre de l’Otan.
À Davos, Volodymyr Zelensky a plutôt souligné la faiblesse des Européens. Vous comprenez ?
C’est le discours d’un dirigeant européen qui se bat pour notre sécurité commune. Alors, oui, il y a de la frustration. Je l’entends. Au fond, il engage une conversation stratégique avec les Européens, publiquement, sur la manière dont l’Europe peut être plus forte dans le monde. Vu le courage dont il fait preuve face à la Russie, il peut se le permettre. Il faut aussi que nous, Européens, ayons le courage d’engager cette conversation stratégique, entre quatre murs, pour renforcer encore la défense de l’Europe.