Qu’on n’y voie nulle tournée d’adieu. Marine Le Pen a fait beaucoup de foires dans sa carrière, mais celle de Sens (Yonne), elle y venait ce 2 mai pour la première fois. Le rite est le même qu’ailleurs : la cheffe des députés du Rassemblement national se faufile cahin-caha à travers une cohue de fans qui tentent, exaltés, de s’approcher d’elle pour obtenir un selfie. « Marine, on t’aime ! – Moi aussi ! »
Quelques militants Insoumis font un happening, mais l’invitée n’y prête guère attention. La foule frontiste, elle, a intériorisé que son idole pourrait annoncer dans deux mois qu’elle ne briguera pas une quatrième fois l’Élysée. Qu’elle cédera la place à Jordan Bardella. En attendant, face aux électeurs, dès lors que Marine Le Pen évoque la perspective d’une victoire en 2027, le « on » reste de mise.
Cette inclusivité n’est pas guidée par la seule prudence. Oui, le 7 juillet, jour où elle doit statuer dans le dossier des assistants parlementaires européens du Front national (devenu RN en 2018), la cour d’appel pourrait rendre une décision permettant à l’élue du Pas-de-Calais de concourir au scrutin présidentiel – mais, comme dans le pari sportif, ce scénario relève de la grosse cote. La fille de Jean-Marie Le Pen dit « on » car elle sait ce qu’elle représente, même affaiblie, aux yeux de son électorat. Jusqu’à nouvel ordre, le principal aiguillon de la ligne de son parti, c’est elle. La semaine qui s’achève l’aura bien illustré.